Après un automne plus que maussade et un début d'hiver venteux et pénible, nous voilà désormais en grand manque de beau ciel. Il n'en fallait pas plus pour nous motiver à partir dans une nouvelle épopée lointaine en quête de Voie Lactée étincelante et de voûte étoilée poudroyante. Cette fois-ci nous prenons un billet d'avion pour le sud du Maroc, une magnifique région désertique surmontée d'un quasi perpétuel ciel bleu.
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Le dimanche 3 février : En route pour la vallée du Draa en passant par l'Atlas
Nous atterrissons à Marrakech le soir puis le lendemain matin nous nous engageons sur la longue route sinueuse qui traverse les montagnes de l'Atlas en direction du col du Tichka. Au début les flancs des montagnes sont arborés puis rapidement l'environnement minéral prend le dessus.
Certains paysages rappellent quand même pas mal ceux de l'Atacama chilien car ils nous offrent de belles nuances de couleurs par endroit et puis il y a toujours ce magnifique ciel bleu qui trône inlassablement au dessus des sommets et qui donne le sourire aux astronomes.
Une fois passé le col de Tizi n'Tichka le décor se désertifie et se pare des tons ocres qui sont caractéristiques du sud du Maroc.
En perdant de l'altitude nous recommençons à croiser quelques villages isolés comme celui de Tamesna. Le ciel est toujours aussi bleu au dessus de nos têtes et nous croisons les doigts pour qu'il le reste jusqu'à notre destination finale.
Nous enchainons les kilomètres et progressivement le terrain devient plus plat après avoir franchi le village de Ighrem n'Ougdal et son poste de contrôle de gendarmerie.
La montagne cède définitivement la place au désert rocailleux de la la vallée du Draa. Après avoir franchit la ville de Ouarzazate les paysages deviennent une nouvelle fois impressionnants, les grands espaces s'étendent à perte de vue tout autour de notre route presque déserte qui prend des airs de panaméricaine !
Entre Ouarzazate et Agdz se trouve le magnifique canyon du Tizi n Tinififft. La route grimpe jusqu'à près de 1700 mètres d'altitude et nous permet de surplomber cette large faille asséchée qui serpente dans le massif rocailleux.
L'environnement minéral de ce secteur est spectaculaire et surprenant, le travail de l'érosion a sculpté les collines en révélant les différentes strates géologiques qui les composent.
Nous nous arrêtons à chaque belvédère faire des photos de cet endroit mémorable. En même temps cela nous permet de nous dégourdir les jambes car nous roulons depuis le matin !
Le massif du Tizi n Tinififft offre une vue dégagée sur la vallée du Draa en direction de Agdz.

Entre Agdz et Zagora nous longeons une grande palmeraie, çà fait du changement de retrouver de la verdure !
En nous rapprochant de Zagora et du désert nous remarquons que le ciel est moins transparent, il y a du sable en suspension dans l'air.
Le coucher de Soleil s'entoure de lueurs orangées qui confirment cette impression de ciel chargé de sable. Le spectacle est très beau mais nous craignons que la mauvaise transparence de l'air nuise à nos observations astronomiques à venir ...
Après 7 heures de route nous arrivons enfin à destination : le kasbah hôtel de Saharasky. Je redécouvre ce lieu où j'avais déjà réalisé de belle observations il y a 12 ans ! Fritz le gérant allemand est toujours là, cela me fait plaisir de le revoir après tant d'années, puis nous faisons connaissance de Patrick qui gère le parc d'instruments astronomiques de l’hôtel.
Nous tombons de fatigue à cause du trajet mais notre curiosité est la plus forte, nous montons à la terrasse découvrir les instruments que nous avons réservé pour nos observations, en particulier les deux dobsons Meade Lightbridge de 400 mm.
Nous savourons le repas du soir et remontons nous équiper chaudement dans nos chambres car l'air de rien, dans le désert il fait froid la nuit ! J'ouvre les volets de la chambre pour surveiller l'état du ciel et je découvre depuis le balcon une spectaculaire lumière zodiacale qui dessine un grand cône diffus faisant de la concurrence à la Voie Lactée !
Nous rejoignons la grande terrasse et nos instruments et découvrons que malgré les poussières en suspension dans l'air le ciel est très bon. Il y a aussi de la pollution lumineuse directement visible vers l'ouest, elle est générée par Zagora et Tamegroute, mais aussi vers le sud à cause du village de Tinfou. Ces lumières pourraient être rédhibitoires pour les observations du ciel profond en Europe mais dans cette région désertique du Maroc il y a très peu d'humidité et de ce fait la lumière ne se diffuse presque pas. Du coup la gène reste localisée à l'horizon.
La preuve de la qualité d'un ciel sec et non diffusant est apportée par le Sky Quality Meter qui m'affiche une belle valeur de 21,81 ! La Voie Lactée est magnifique à l’œil nu, elle apparaît brillante et striée de régions sombres.
Je commence mes observations au télescope avec la galaxie NGC 1792 (10,0m - 5,2'x2,6') dans la Colombe. Elle est trop basse sur l'horizon pour être détaillable depuis l'Europe, par contre ici à +30°N de latitude sa vision ne pose aucun problème. Je découvre à 180x un disque galactique diffus étiré dans le sens SE/NO, il s'étend autour d'un noyau discret. Deux étoiles faibles sont perçues en surimpression sur les extrémités de la galaxie. Avec un peu d'attention, en étudiant l'objet en vision décalée je devine également la présence d'un court bras spiral sur le bord SE.
NGC 1792 - Galaxie dans la Colombe
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 21,81
Je file dans la constellation du Grand Chien qui apparaît bien plus haute dans le ciel que chez nous. Je vise un beau duo de galaxies en interaction constitué par NGC 2207 (11,0m - 3,9'x2,2') et IC 2163 (11,7m - 3,0'x1,2'). NGC 2207 est large, ronde et pâle, elle possède un petit noyau niché dans une courte barre. IC 2163 est plus discrète, petite, et étirée dans le sens E/O. Elle comporte un minuscule noyau tout juste perceptible.
NGC 2207 - IC 2163 - Galaxies dans le Grand Chien
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM21,81
Pendant ce temps Florian a pointé sur le second télescope la comète 123P/ West Hartley. Avec une magnitude proche de 12,5m c'est loin d'être l'une des stars du moment mais elle est malgré tout bien visible comme une petite tache diffuse circulaire entourant un tout petit noyau. La vision n'a rien de spectaculaire mais on ne refuse jamais d'ajouter une comète à son tableau de chasse !
La comète 123/P West Hartley
Télescope de 406 mm à 138x (Ethos de 13 mm) - SQM 22,07
Comme j'ai emmené ma lunette Skywatcher Equinox de 80 mm je passe également du temps à observer avec elle, comme çà je libère un peu les 400 mm pour les copains. Les amas ouverts NGC 2451 (2,8m - 50,0') et NGC 2477 (5,8m - 20,0') sont parfaitement visibles à l’œil nu sous la forme de grande tache diffuse située dans la constellation de la Poupe. Dans la lunette avec un grossissement de 23x les deux amas apparaissent dans le même champ d'observation. Ces deux objets présentent des aspects radicalement différents. NGC 2451 est large et bien résolu, il est dominé par la belle étoile orangée C Puppis de 3,6m. NGC 2477 est quand à lui compact, dense et très riche ! A 23x il apparaît piqueté de nombreuses étoiles qui se détachent sur un fond diffus.
NGC 2451 - NGC 2477 - Amas ouverts dans la Poupe
Lunette Skywatcher Equinox de 80 mm à 23x (Nagler de 22 mm) - SQM21,81
David m'invite à regarder dans le Meade RCX de 355 mm, il a pointé la belle galaxie NGC 2613 (10,4m - 6,5'x1,4') localisée dans la constellation de la Boussole. Cet objet est magnifique, la spirale se présente de trois quart, son disque galactique est très étiré dans le sens ESE/ONO. Sa région centrale comporte un petit noyau entouré d'une zone lumineuse. NGC 2613 est située dans un champ stellaire riche ce qui ajoute encore une touche supplémentaire d'esthétique à cette observation.
NGC 2613 - Galaxie dans la Boussole
Télescope de 355 mm à 273x (Nagler de 13 mm) - SQM21,81
Avant d'aller dormir je réalise une dernière photo avec l'objectif fisheye Meike de 8 mm fixé sur le Sony A7s. Grace à cette vue globale de voute étoilée je parviens à révéler toute la splendeur de ce ciel où la Voie Lactée d'hiver apparaît barrée par la longue bande lumineuse du pont zodiacal qui s'étend tout au long de l’écliptique. Le pont zodiacal est une lueur engendrée par les poussières du Système Solaire qui diffusent la lumière du Soleil. Une nouvelle mesure effectuée avec le Sky Quality Meter donne une valeur de 22,07 ! Record battu, c'est la première fois que mon boitier dépasse la limite des 22.
Le lundi 4 février : repos et balade autour de la dune de Tinfou
Tout le monde s'est levé tard avec cette première nuit d'observation. Nous n'avons pas de projets particuliers pour cette journée car nous avons suffisamment fait de voiture la veille. Nous nous contentons de faire un petit tour autour de l'hôtel histoire de profiter du Soleil et de s’imprégner de l'ambiance désertique et paisible des lieux.
A quelques minutes de marche nous parvenons à la dune de Tinfou, une colline de sable qui constitue un avant poste du désert du Sahara.
Du haut de la dune tout est calme, un moment hors du temps seulement perturbé par les allées et venues incessantes des scarabées bousiers.
Une nouvelle tribu est installée à Tinfou : Les touaregs marseillais !
Cette petite balade nous a mis en jambe et finalement en fin d'après-midi nous décidons d'aller faire un tour en voiture jusqu'au col de Foum Takkat n’Ilektaout qui nous permet d'accéder au massif rocheux de Caïdat de Tagounite. Du haut de ses 850 mètres d'altitude nous bénéficions d'un magnifique point de vue sur l'immensité rocailleuse de l'oued Aramroum.
Un traquet à tête blanche
L'oued Aramroum s'étend à perte de vue. Sur notre bute nous nous sentons presque seuls au monde, perdus au beau milieu d'un océan de rocaille digne des paysages de la planète Mars. Au loin, derrière la barrière rocheuse qui se perd dans les brumes se trouve l'Algérie !
Le ciel est resté bien bleu durant la journée, la transparence semble même à s'être améliorée. La nuit tombe et nous repartons pour une nouvelle exploration du ciel profond.
J'attaque les observations dans la constellation de la Colombe avec la voisine immédiate de NGC 1792 que j'ai dessiné la veille, il s'agit de NGC 1808 (9,9m - 7,0'x4,0'). Cette spirale apparaît à 138x plutôt lumineuse, son disque galactique est nettement étiré dans le sens SE/NO et sa région centrale se révèle plut brillante que le halo diffus. En vision décalée je devine une amorce de bras spiral partant de l'extrémité NO de la galaxie.
NGC 1808 - Galaxie dans la Colombe
Télescope de 406 mm à 128x (Ethos de 13 mm) - SQM 21,86
Je passe maintenant à un objet particulièrement méconnu, La nébuleuse planétaire PRTM 1 également nommée PNG 243.8-37.1 (20"). Elle est située dans la très discrète constellation du Burin. Cet objet est petit et faible, il faut vraiment localiser sa position précisément dans le champ stellaire avec une carte pour le trouver. Il répond bien au filtre UHC ce qui permet de le discriminer des étoiles environnantes. Avec un grossissement de 300x elle se dévoile comme un petit disque nébuleux possédant une condensation centrale brillante. Voilà un bon challenge relevé avec cette NP qui est rarement observée visuellement.
PRTM1 - Nébuleuse planétaire dans le Burin
Télescope de 406 mm à 300x (Ethos de 6 mm) - SQM 21,86
Je tourne le télescope en direction de la constellation du Grand Chien pour pointer la galaxie NGC 2217 (10,4m - 4,5'x4,2'). Cette spirale montre à 180x un noyau plutôt lumineux niché au cœur d'une barre étirée dans le sens E/O. Les extrémités de cette barre comportent chacune une petite condensation lumineuse notable. Mais la partie la plus étonnante de cette observation survient en regardant la galaxie attentivement en vision décalée. En effet, un large anneau très pâle encercle discrètement le cœur lumineux et la barre centrale. Bref, c'est vraiment un bel objet.
NGC 2217 - Galaxie dans le Grand Chien
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 21,94
Prochaine cible : La nébuleuse planétaire PK 258-15.1 alias Longmore 3 (11,8m - 82") de la constellation de la Poupe. Située à une déclinaison de -46° cet objet est délicat à observer car il apparaît assez bas sur l'horizon. Je le distingue malgré tout dans le Dobson de 400 mm à 180x même sans filtre. Elle reste cependant sans forme précise et très pâle. Avec l'aide du filtre UHC elle me semble plutôt circulaire mais sans plus de détails.
Longmore 3 - Nébuleuse planétaire dans la Poupe
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 21,94
Comme je le suspectais le ciel me semble plus transparent ce soir, le Sky Quality Meter affiche une belle mesure à 21,94, on flirte encore avec les 22.
Rémi a pointé la comète C/2018 Y1 Iwamoto dans le RCX de 355 mm. Elle apparaît brillante à l'oculaire, de sa coma diffuse semblent partir trois jets donnant l'impression que la queue de la comète dessine un éventail.
La comète C/2018 Y1 Iwamoto
Télescope Meade RCX de 355 mm à 273x (Nagler de 13 mm) - SQM 21,94
Je finis la soirée avec la galaxie NGC 4027 (11,2m - 3,2'x2,4') du Corbeau. Cet objet est parfaitement visible dans le Dobson de 400 mm à 180x, il présente une allure générale assez originale car de son disque galactique diffus semble partir un seul énorme bras spiral assez facile à mettre en évidence. En vision décalée je devine l'amorce d'un autre bras qui s'étire quant à lui légèrement vers le S, mais ce dernier est beaucoup plus discret, plus petit et plus fin.
NGC 4027 - Galaxie dans le Corbeau
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 21,94
Le mardi 5 février : Les gravures rupestres d'Ait Ouazik
Une autre belle journée ensoleillée se présente à nous et nous comptons en profiter pour partir découvrir les gravures rupestres d'Aït Ouazik, un site préhistorique situé entre Tazarine et Zagora. La route est longue mais elle traverse des paysages désertiques de toute beauté.
L'accès au site se fait par une piste cahoteuse mais parfaitement praticable avec des véhicules de tourisme. La première partie de la route traverse une zone plate couvertes d’acacias où se promènent quelques dromadaires qui nous regardent passer avec curiosité.
Puis le chemin s'enfonce dans un magnifique canyon séparant les massifs rocheux des Jebel Tigouzaline et Jebel Bou Fsess. Au fond du canyon l'oued est parfaitement sec mais il subsiste une belle végétation, c'est un endroit qui mérite le détour.
En sortant du canyon nous tombons sur le village d'Aït Ouazik où de nombreux enfant guettent les touristes en quête de bonbons ou de stylos. Une fois passé le village la piste grimpe vers une bute qui donne accès au site préhistorique.
Le site et ses gravures directement exposées à l'air libre sont protégés par un gardien qui fait également office de guide. Très sympathique ils nous donnent volontiers des informations nous permettant de mieux comprendre l'origine de ces dessins sculptés dans la roche.
Si Aït Ouazik est aujourd'hui une zone désertique, ce n'était pas le cas au néolithique il y a 5000 ans. Ces gravures remontent à une époque où le Sahara était une zone humide couverte de prairies, on parle du Sahara vert. Des chasseurs et des pêcheurs s'étaient installés sur la bute pour guetter les passages des troupeaux d'animaux près des points d'eaux. Sur ces pierres gravées les hommes ont immortalisé des autruches, des éléphants, des antilopes, des rhinocéros qui n'existent plus dans cette région désormais devenue aride.
D'autres gravures sont plus mystérieuses à l'image de ce drôle de cadran. Il pourrait s'agir d'un filet de pêche ou un d'un piège destiné à capturer les animaux pour certains, mais d'autres interprètes y voient un Soleil ou même un calendrier ...
Au sommet d'une bute rocailleuse se dresse une pierre faisant penser à un petit menhir. Pour notre guide local il pourrait s'agir d'une pierre tombale marquant l'emplacement d'une sépulture, mais pour l’œil d'un astronome cela fait quand même pas mal penser à un gnomon de cadran solaire destiné à visualiser le mouvement du Soleil en observant son ombre projetée sur le sol durant la journée ou au fil des semaines.
Le groupe réuni sur le tumulus dominé par la pierre dressée.
Sur cette pierre sombre figure une scène de chasse montrant une lionne venant de capturer une gazelle ou une antilope. Il s'agit de la seule représentation de félin visible sur ce site.
Sur cette dalle un magnifique Rhinocéros a été gravé. A gauche figure d'après notre guide une nasse pour capturer les poissons et au dessus un cervidé. La faune de la région était visiblement très riche ce qui justifie la présence de ces tribus de chasseurs.
Cette incursion dans le passé à l'époque des chasseurs du Sahara vert nous a enchanté ! Mais il est temps de partir et rejoindre notre hôtel car une longue route nous attend.
Le soir venu nous n'aurons pas l'énergie d'aller observer le ciel. Nous préférons dormir quelques heures pour récupérer et profiter de la seconde partie de nuit afin de pouvoir observer d'autres constellations.
Je rejoins la terrasse de Saharasky vers minuit. Le ciel est très beau et la transparence à l'air bien meilleure que les nuits précédentes. En plus Fritz a obtenu du village de Tinfou qu'ils éteignent la lumière après minuit ! Donc l'horizon sud est désormais bien noir. D'ailleurs le Sky Quality Meter s'affole et m'affiche une mesure de noirceur à 22,16 !!! La brillante Voie Lactée est en train de sortir du périmètre de mesure, il n'y a pas de planètes dans le champ non plus, tout est réuni pour battre des records.
Signe que le ciel est parfait ce soir, le pont zodiacal est facile à suivre à l’œil nu tout au long de l'écliptique, avec la Voie Lactée nous avons maintenant deux bandes lumineuses au dessus de nos têtes ! Encore mieux la lueur du gegenschein est facile à observer visuellement comme une tache diffuse elliptique nichée entre l'amas M44 du Cancer et la tête du Lion.
Le gengenschein est visible comme une condensation lumineuse diffuse située juste à gauche du centre de l'image
C'est dans ces conditions idéales que je me lance dans ma première observation télescopique de la soirée, je pars vers la petite nébuleuse diffuse NGC 2579 (7,5m - 3,6') de la constellation de la Poupe. A 300x ce petit objet se révèle très intéressant car sa structure apparaît complexe. Une petite condensation brillante semble entourer deux étoiles de 11,5m à 12m. Un halo diffus plus faible s'étire vers l'O et englobe une étoile de 10,25m. En vision décalée je perçois également une petite portion nébuleuse détachée vers le SE, il s'agit d'une très discrète extension gazeuse portant le nom de ESO 370-09.
NGC 2579 - Nébuleuse dans la Poupe
Télescope de 406 mm à 300x (Ethos de 6 mm) - SQM 22,16
La constellation de l'Hydre commence à bien gagner de la hauteur donc je décide de pointer dans cette direction afin d'observer la discrète nébuleuse planétaire PK 238+34.1 alias Abell 33 (12,4m - 268"). Cet objet est assez large et faiblement contrasté, il faut donc veiller à ne pas trop grossir pour l'étudier. A 82x il se laisse déjà deviner sans filtre. Avec le filtre OIII il devient très bien visible sous l'aspect d'une belle bulle diffuse de forme elliptique. Je note que son bord présente un léger renforcement lumineux.
Abell 33 - Nébuleuse planétaire dans l'Hydre
Télescope de 406 mm à 82x (Nagler de 22 mm + OIII) - SQM 22,16
Le pont zodiacal surmonte la bande brillante de la Voie Lactée sous les yeux ébahis de notre fine équipe d'astronomes
Je tourne maintenant le télescope en direction de la constellation du Corbeau pour observer la splendide galaxie des "antennes", c'est à dire NGC 4038-9 (10,3m - 3,4'x1,7'). Ces deux galaxies en interaction dessinent à 300x une figure en forme de coeur ou de palmito pour sa version gourmande. La vision offerte à l'oculaire est vraiment magnifique, de nombreuses petites nodosités sont perceptibles notamment sur le contour de NGC 4038. mais le plus étonnant c'est que je parviens à deviner en vision décalée la présence d'une pâle extension qui s'étend vers le sud, il s'agit de l'une des "antennes", un pont de matière et d'étoiles éjecté vers l'espace intergalactique lors de la fusion de ces deux mondes !
NGC 4038-9 - Galaxies dans le Corbeau
Télescope de 406 mm à 300x (Ethos de 6 mm) - SQM 22,16
L'heure tourne et la Voie Lactée d'hiver commence à vraiment décliner. Elle se plaque le long de l'horizon ouest tandis que la lueur du gegenschein culmine près du zénith. Elle est clairement bien visible à l’œil nu, je ne l'ai jamais aussi bien perçue qu'ici. Avec le fisheye Meike 6 mm elle ressort parfaitement ainsi que l'ensemble du pont zodiacal.
Il commence à se faire tard et la constellation du Centaure se lève. Nous ne manquons pas de jeter un coup d’œil au splendide amas globulaire Oméga du Centaure (NGC 5139) fourmillant d'étoiles et à se brillante voisine apparente, la superbe radio galaxie NGC 5128 qui ressemble à un hamburger avec sa large bande sombre qui la scinde en deux.
Mais l'objet qui focalise mon attention est un peu plus haut dans le ciel, je remonte de quelques degrés en direction de la queue de l'Hydre pour admirer la somptueuse spirale M83 (7,5m - 12,9'x11,5'). C'est une galaxie extraordinaire lorsqu'on l'observe depuis une latitude favorable ici comme au Maroc. Depuis l'heure elle reste basse sur l'horizon et ne dévoile pas grand chose de sa structure tandis qu'aux portes du Sahara dans le télescope de 406 mm je me délecte de la vision d'un tourbillon de spires. A 180x M83 apparait large et brillante, elle présente une région centrale lumineuse entourée d'une longue barre. Plusieurs bras spiraux s'élancent à partir de cette barre. Magnifique !
M83 - Galaxie dans l'Hydre
Télescope de 406 mm à 180x (Ethos de 10 mm) - SQM 22,16