Dépité par la dernière soirée d'observation à Riboux gâchée par une atmosphère saturée d'humidité j'ai décidé de retenter ma chance quelques jours après histoire de bien profiter du dobson Taurus 508 mm. Cette fois-ci il souffle une légère brise qui devrait assécher l'air et je croise les doigts pour qu'elle soit vraiment efficace. Pour cette nouvelle sortie un peu improvisée au dernier moment je ne vais pas aller très loin, je rejoins mon site d'observation de Pichauris dans les collines de Marcel Pagnol, à la périphérie de Marseille.
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A mon arrivée sur le terrain d'observation, tout est sec ! La chance me sourit enfin. J'assemble le dobson et comme je commence à avoir pris le coup pour la manutention et le montage du matériel, en moins de vingt minutes le Taurus 508 mm est fin prêt ! Il faut dire qu'il est vraiment bien pensé, il existe peu de télescope de ce diamètre que l'on puisse monter tout seul aussi facilement. La seule partie délicate pour moi consiste à soulever la caisse du miroir primaire de 27 kg pour la sortir du coffre surélevé de ma Sandero Stepway. Je suis d'ailleurs obligé de démonter les haches pour qu'elle passe l'encadrement de la porte arrière de la voiture et faciliter la prise en main de la caisse.
Ce soir je vais tester mes deux dernières améliorations : Tout d'abord l'ajout d'un contrepoids arrière de 2 kg (un poids de plongée plastifié enfilé sur une bandelette à scratch) que je vais fixer sur la cage du miroir primaire histoire de pouvoir trouver un bon équilibrage avec mes gros oculaires à 100° comme le SWA de 20 mm. Puis l'ajout d'un pare lumière sur la partie haute de la cage du miroir secondaire pour créer un bafflage destiné à protéger l'entrée intérieure du porte oculaire contre les lumières parasites périphériques (elles sont gênantes avec l'emploi d'oculaires à 100°).
Sur la caisse principale figurent trois encarts prévus pour fixer les tubes du dobson (opération facile à réaliser, les vis étant serties sur les embouts des tubes qui eux même sont solidarisés en fagot) et trois petites roues permettant de régler l'alignement du miroir primaire par le haut durant la collimation. Pour l'alignement du miroir secondaire des vis "Bob's knobs" sont prévus, tout çà est bien pratique !
Le télescope est prêt, je me lance à l'assaut de ma première cible en direction de la galaxie M108 (9,9m - 8,6'x2,4') dans la Grande Ourse. Le ciel de Pichauris souffre affreusement de la pollution lumineuse de Marseille (mesure SQM de 20,32 ...) et malgré cela cette spirale vue de trois quart ressort assez bien en vision directe. La nébuleuse planétaire M97 située à proximité est elle aussi parfaitement visible, je perçois même les cavités sombres de sa structure sans l'aide de filtres. Je retourne sur M108 pour la détailler et remarque la présence de plusieurs étoiles visibles en surimpression sur son fuseau nébuleux. Malgré la piètre qualité du ciel je note à 215x la présence de nombreux détails, son noyau faiblard coincé entre deux étoiles, deux belles condensations lumineuses (probablement de larges associations d'étoiles jeunes de type OB) ainsi que des zones assombries ou irrégulières. Tous ces détails ont été perçus au bout d'une longue observation attentive, mais sous un ciel de qualité ils sauteront certainement plus au yeux.
M108 - Galaxie dans la Grande Ourse
Télescope Taurus de 508 mm à 215x (Ethos 10 mm)
Pichauris (13) - SQM 20,32
Je passe maintenant à un objet beaucoup plus brillant, à savoir la nébuleuse planétaire de l'Esquimau NGC 2392 (9,1m - 54") dans la constellation des Gémeaux. Alors là je dois dire que c'est la claque !! Son disque nébuleux est extrêmement brillant et contrasté et je remarque des détails de structure en vision directe sans aucun effort. Je pousse rapidement le grossissement à 581x avec l'Ethos SX de 3,7 mm et c'est une nouvelle claque ! L'objet apparaît extrêmement détaillé et malgré le fort grossissement l'image reste fine et lumineuse. La qualité du miroir à parlé, j'ai bien fait de choisir la version "professionnelle" du miroir en supramax et lambda/8. NGC 2392 se présente à l'oculaire comme sur les plus belles images que l'on trouve sur le net, avec une triple enveloppe, des irrégularités de structures, des petites condensations lumineuses par-ci par-là, un vrai plaisir visuel, et sans filtre. Je laisse le dessin parler :
NGC 2392 - Nébuleuse planétaire dans les Gémeaux
Télescope Taurus de 508 mm à 581x (Ethos SX 3,7 mm)
Pichauris (13) - SQM 20,32
Après avoir jeté un coup d'oeil aux bras spiraux de M51, aux grandes volutes gazeuses de M42 ainsi qu'aux myriades d'étoiles de M3 (qui seront bien plus à leur avantage sous le ciel du Poil ou du Montdenier où j'ai l'habitude d'observer) je finis la soirée avec l'observation de la galaxie NGC 4636 (9,4m - 5,9'x4,6') de la Vierge. A 215x je découvre à l'oculaire l'image typique d'une galaxie elliptique, une belle boule diffuse brillante plus contrastée en son centre. Pourquoi ce choix d'objet me direz-vous ? Parce que cet objet abrite actuellement une supernova que je n'avais pas encore eu l'occasion d'admirer. Cette dernière a atteint 11,8m il y a quelques semaines mais là je remarque que sa magnitude a déjà chuté, même si elle reste bien visible. Je suis content d'avoir pu assister à cette explosion cataclysmique lointaine.
ngc4636 et SN2020ue - Galaxie dans la Vierge et supernova
Télescope Taurus de 508 mm à 215x (Ethos 10 mm)
Pichauris (13) - SQM 20,32
Il est déjà 1h du matin et je décide de plier. Cette belle soirée a bien rattrapé la précédente et je suis heureux d’avoir pu expérimenter plus sereinement le potentiel du Taurus 508 mm et compte tenu de ce que j'ai déjà pu voir ce soir avec une pollution lumineuse conséquente, j'ai vraiment hâte de l’emmener sous le ciel noir du Verdon à la prochaine nouvelle Lune !