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Une sombre histoire de poussières

L'été est là et la Voie Lactée étire son long ruban argenté à travers le ciel du début de nuit. En ce moment, le centre de notre galaxie avec ses cohortes d'étoiles innombrables, de nébuleuses brillantes et de nuages de poussières sombres, s'élève au dessus de l'horizon sud, entre les constellations du Sagittaire et du Scorpion. Alors que la plupart des observateurs se délectent des belles régions HII et des amas stellaires denses et brillants du secteur, moi je vous propose de faire un tour du côté obscur de la Voie Lactée, une visite de quelques masses sombres qui semblent sculpter les immenses tapis d'étoiles de notre galaxie.

Depuis Marseille, la Voie Lactée n'est presque pas visible, elle commence à se distinguer depuis les hauteurs des calanques qui font face au sud, en regardant en direction de la mer, là où il n'y a pas de pollution lumineuse.

Évidemment, pour admirer une Voie Lactée magistrale, rien ne vaut le ciel des déserts de hémisphère sud, où le centre galactique brillant trône près du zénith. Là bas le ciel est tellement noir que notre galaxie est subjuguante. De très nombreuses nébuleuses obscures se distinguent à l’œil nu parmi les méandres superposés des bras spiraux de notre galaxie.

Le centre galactique et la grande nébuleuse obscure du "lama" se lève sur le désert de l'Atacama au Chili

La Voie Lactée, sublime, au dessus du désert du Kalahari, en Namibie

Bien souvent boudés par les astronomes amateurs, les nébuleuses obscures sont pourtant des objets astrophysiques à part entière. Il s'agit de grands nuages interstellaires de poussières opaques qui bloquent le rayonnement des astres situés en arrière plan. Elles apparaissent comme des zones très sombres dans le ciel, qu'on remarque souvent comme des espaces vides d'étoiles. Si le ciel est dénué de pollution lumineuse, les nébuleuses obscures commencent à prendre du volume et se révèlent vraiment comme des nuages noirs se détachant sur le fond de ciel lumineux du plan galactique de la Voie Lactée. Les nébuleuses obscures peuvent atteindre des dimensions impressionnantes, certaines s'étendent sur près de 300 années-lumière. Les poussières qui composent ces nuages sombres sont formés principalement de silicates et de graphites de fer et sont souvent recouvertes de glace d'eau ou de méthane. Ces masses de poussières sont parmi les objets les plus froids de l'Univers, leur température n'atteint que 10K (-263°C). 

Il existe plusieurs catalogues répertoriant les nébuleuses obscures mais le plus connu de tous est sans aucun doute celui de Barnard. Ce catalogue de 367 nébuleuses sombres fut publié en 1919 par l'astronome américain Edward Emerson Barnard. Il les décela sur des photographies prises par ses soins.

Edouard Emerson Barnard devant la grande lunette de l'observatoire de Lick que j'ai pu visiter en 2017 !

Catalogue Barnard Astronomy Mall  

Cet été à Marseille est malheureusement marqué par des incendies de forêt à répétition, de ce fait les massifs forestiers du département sont fermés au public. Pour illustrer cet article et profiter de la nouvelle Lune de juillet, j'ai donc dû me contenter de photographier les nébuleuses obscures depuis ma terrasse, en ville et en présence d'une pollution lumineuse conséquente. Mais je dois bien avouer que dans des conditions de prises de vues peu optimales, le Seestar S50 s'en sort vraiment pas mal.

Je commence la séance photo par la célèbre "tache d'encre", une petite nébuleuse obscure très sombre et qui est accompagnée par un bel amas ouvert nommé NGC 6520 (7,6m - 6'). Barnard 86 (5'x3') fut découverte en 1905, malgré sa proximité apparente avec l'amas, les deux objets ne semblent pas liés. Seule la distance de l'amas est connue, il se trouve à 5300 années-lumière. Cette paire cosmique apparaît en avant plan de l'un des régions les plus denses en étoiles de la Voie Lactée !

Barnard 86 ink spot dark nebula Seestar S50

B86 et NGC 6520 -  Nébuleuse obscure et amas ouvert dans le Sagittaire
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 61x10s
Marseille (13)

Juste à l'est de Barnard 86 se trouve une autre nébuleuse obscure plus discrète, il s'agit de Barnard 90 (3'). Toutes les deux se trouvent dans la constellation du Sagittaire. Ici aussi le nuage sombre se détache devant une région très dense en étoiles de la Voie Lactée. Nous sommes en fait dans une zone très lumineuse de notre galaxie appelée la fenêtre de Baade. Il s'agit de l'une des rares régions du bulbe galactique à ne pas être occultée par de la matière interstellaire. A cet endroit le tapis d'étoiles est tellement riche que le fond de ciel n'est même pas noir !

Barnard 90 dark nebula Seestar S50

B90 -  Nébuleuse obscure dans le Sagittaire
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 61x10s
Marseille (13)

Barnard 92 (15'x9') et Barnard 93 (15'x2') sont situées au niveau de la bordure nord d'un autre grand nuage stellaire du Sagittaire, il s'agit de M24 (4,6m - 120'x90'). Les deux nuages obscurs se trouvent vraisemblablement en avant plan du tapis d'étoiles de M24, à 7000 années-lumière, dans le bras galactique du Sagittaire-Carène. Le nuage stellaire du Sagittaire est quant à lui localisé dans le bras de Norma (la Règle), à une distance de 10 000 années-lumière.

Barnard 92 barnard 93 dark nebulas Seestar S50

B92 et B93 -  Nébuleuses obscures dans le Sagittaire
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 48x10s
Marseille (13)

Je poursuis les explorations photographiques en direction de la constellation d'Ophiucus, afin de tirer le portait d'une des plus célèbres nébuleuses obscures du ciel, à savoir Barnard 72 (37'x17'). Sa forme étroite et sinueuse lui a valu le surnom de nébuleuse du serpent. Sa distance est évaluée à 650 années-lumière. Elle est bordée d'un autre nuage obscur plus compact et plus sombre nommé Barnard 68 (5'). Ce nuage moléculaire est situé à une distance de 500 années-lumière, il s'étend sur près d'une demi année-lumière. Sa compacité fait presque penser à un globule de Bok, des grumeaux compacts et denses où se forment de nouvelles étoiles. Barnard 68 est devenue célèbre après avoir été photographiée par le Very Large Telescope en 1999. Mon image a été galère à traiter car ces nébuleuses étaient malheureusement très basses sur l'horizon sud-ouest, en plein dans la pollution lumineuse de Marseille. Elles méritent d'être à nouveau photographiées, mais sous un bon ciel cette fois-ci.

Barnard 72 dark nebula Seestar S50

B72 et B68 -  Nébuleuses obscures dans Ophiucus
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 219x10s
Marseille (13)

Plus haut dans le ciel, dans la constellation de l’Écu, se trouve Barnard 104 (20'x10'). Cette nébuleuse obscure est plus discrète que les précédentes, elle a nécessité un temps de stacking beaucoup plus long pour être mise en évidence. Un ciel noir aurait également bien aidé à la faire ressortir de façon plus évidente. Malgré tout, nous pouvons distinguer sa forme originale en "7" inversé. Les anglo-saxon l'appelle le "hameçon" ou le "crochet". Elle n'est pas difficile à pointer, car elle se trouve juste à 19' d'arc de l'étoile Beta Scuti (4,22m).

Barnard 104 dark nebula Seestar S50

B104 -  Nébuleuse obscure dans l'Ecu
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 184x10s
Marseille (13)

Dans la constellation de l'Aigle, juste à côte de l’Écu, voici Barnard 133 (18'x5'). La distance de ce nuage de poussière est encore une fois mal connue, certaines estimations annoncent un éloignement de 1000 à 1300 années-lumière, ce qui correspondrait à une dimension réelle de 7x2 années-lumière. Cette nébuleuse obscure présente un cœur très sombre d'opacité 6 (sur une échelle de 1 à 6).

Barnard 133 dark nebula

B133 -  Nébuleuse obscure dans l'Aigle
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 173x10s
Marseille (13)

Barnard 312 est une nébuleuse obscure très étendue (75') et très contrastée, car elle se détache devant le grand nuage stellaire de l’Écu. Comme d'habitude, les distances de ces nuages de poussières sont très mal connues, celle-ci  se situe probablement à plus de 500 années-lumière. Barnard 312 ne tient pas en entier sur le capteur du Seestar S50, le champ large du Seestar S30 serait plus adapté. L'environnement du nuage obscur est riche en hydrogène ionisé, cela peut valoir le coup de l'imager avec un filtre h-alpha ou dual band.

Barnard 312 dark nebula Seestar S50

B312 -  Nébuleuse obscure dans l’Écu
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 63x10s
Marseille (13)

 

 

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L
Merci pour ce petit rendez-vous avec les nébuleuses obscures que je ne pense jamais à observer. Ce week-end je quitte Montpellier (polluée) pour aller dans les Cévennes; J'ajoute des nébuleuses à mon programme (Taurus 350)
Répondre
L
Bonjour,<br /> Je reviens justement des Cévennes où malheureusement je n'ai eu qu'une seule nuit dégagée ... J'espère que tu auras eu plus de chance, bonnes observations avec ton Dobson !
N
Bonjour Laurent,<br /> <br /> Je pratique depuis très longtemps "l'astronomie de l'extrême" : petits instruments, conditions pourries, passion militante (des humains regarderont toujours le ciel...)<br /> Barnard 86 depuis ta terrasse marseillaise, ça m'a motivé pour te laisser un mot.<br /> D'abord pour te dire bravo et merci pour l’ensemble de ton oeuvre ! (Et je suis l’heureux possesseur du ”J’observe le ciel avec une lunette de 60”)<br /> Et bravo pour ce blog. Fabuleux.<br /> (Je voulais te partager mes photos du Canigou aux jumelles, de ma fenêtre, et puis je n’ai pas su faire...)<br /> Car nous sommes voisins !<br /> Alors dans les conditions de PL que tu connais, avec la lune bien gibbeuse pile poil dans la zone, j’ai été faire un tour dans le Sagittaire avec mon instrument le plus puissant, des jumelles 20x80, de mes fenêtres de Bois-Lemaître. Extrême ! <br /> Évidemment, pas de Barnard ni de Voie lactée. Et quelques nuages qui en plus se balladaient.<br /> M4 tout faible (je partais d”Antarès).M6-M7 fastoches. Et très nets. Mais il manquait beaucoup d”étoiles.<br /> M8 en arc de cercle évident avec plus d'étoiles en VI. Mais sans le nuage des ciels clairs... M21 très faible (3 étoiles). M24 sans la nuage, mais joli. M25 comme une tâche floue...<br /> Et puis la lune montait et tout rentrait dans la zone morte.<br /> J’ai vite changé de façade : E.T était là, mais timide, le double amas tout maigre et même la cascade de Kemble était toute désolée (NGC 1502 juste comme une étoile double)... Le reste était couvert de cirrus.<br /> Faible bilan hein ?<br /> Et en même temps, tout ça dans les pires conditions possibles !<br /> <br /> C’était le petit salut d’un voisin !<br /> Bien à toi,<br /> <br /> Nicolas
Répondre
L
Salut !<br /> C'est une chance de pouvoir voir depuis la maison la bonne direction du coucher du Soleil à la période du Canigou, quand çà tombe en semaine ce n'est pas toujours évident de rejoindre à temps les sites d'observation après le boulot à l'heure des embouteillages. <br /> Sinon le ciel de Pichauris n'est pas exceptionnel, mais il permet d'observer les objets du ciel profond bien mieux qu'en ville, çà vaut quand même le coup. On s'y rend quand il y a un truc spécial à voir, une comète, une nova, ou quand on bosse le week-end et qu'on ne peut pas bouger jusqu'au Verdon. Si jamais tu désires me joindre tu peux m'écrire à laurent.ferrero(at)netcourrier.com<br /> En ce moment on ne s'y rend pas car avec la sécheresse les massifs sont souvent fermés. En plus, comme tu l'as souligné, le ciel est jauni par la pollution et les fumées des feux du sud, bref il est bien pourri.<br /> A bientôt
N
Merci !<br /> Je ne pense pas vous suivre au Chili ou en Namibie, mais Pichauris ou Allauch, c’est faisable !<br /> Et puis un jour, faudrait que j’arrête de pratiquer en ”loup solitaire”...<br /> <br /> Pour le Canigou, oui, c’est grace à tes posts que je m’y suis jeté. Et c’est avec tes photos que j’ai comparé. Le 19 février 2024, j’en ai fait une que j’aime beaucoup, avec mes kowa 6x30 ! Comme la tienne prise de Allauch, mais en petit ! Et de ma fenêtre ;-) (j’ai vue dégagée sur un bout de baie et la Côte Bleue)<br /> Cette année, je n’ai pas réussi à attraper le moment...<br /> <br /> Et grâce au Mistral, tard (ou très tôt), une nuit de juin 2018, j’ai même aperçu NGC 7000 avec mes anciennes 15x70. C’était léger, ce n’était pas l’Amérique, mais c’était ça !! <br /> Un moment rare qui ne s’est jamais reproduit.<br /> <br /> Bref, bon retour chez nous. <br /> Le ciel est dégueulasse, la lune est jaune, tu as le temps de nous faire un joli compte-rendu astro de ton voyage !!!<br /> <br /> A bientôt
L
Bonjour Nicolas !<br /> <br /> Désolé pour ma réponse tardive, je rentre tout juste de l'étranger. Un grand merci pour ton message sympa, çà fait toujours plaisir d'échanger avec une astronome du coin, et pour le coup on n'est vraiment pas loin, tu n'exagères pas en disant que nous sommes voisin !<br /> Pour ce qui est de l'astronomie citadine, on a l'avantage qu'à Marseille, quand le vent souffle, l'atmosphère gagne beaucoup en transparence, du coup l'observation du ciel profond devient possible malgré la pollution lumineuse. Il m'arrive de faire un peu de visuel depuis ma terrasse, mais depuis que j'ai le Seestar S50 j'y fais plutôt de l'imagerie, lui il marche vraiment bien en ville.<br /> Du côté du Canigou tu dois pouvoir partager tes images en mettant un lien cliquable. Je suis un grand fan de Canigou aussi, tu as du voir mes images dans la rubrique "évènements astro", je m'y colle tous les ans en octobre-novembre et en février du côté de la Batarelle Haute. Mais j'avoue que faire le Canigou de sa fenêtre c'est le luxe suprême !! :)<br /> Faudrait qu'on se rencontre à l'occasion, il m'arrive d'observer dans les collines de Allauch, du côté de Pichauris, et je fais partie d'un groupe d'astrams du coin nommé "rendez-vous en terres étoilées" avec qui on bouge pas mal du côté du Verdon pour passer des week-ends astro. C'est un groupe informel sans prises de tête, pas d'adhésion, pas de cotisation, on vient quand on veut. On organise aussi des voyages pour observer sous les meilleurs ciels du monde, Maroc, Chili ou Namibie, en février nous sommes allés voir les aurores en Norvège. <br />