Comme l'an dernier, avec les amis de "Rendez-vous en terres étoilées" nous avons décidé de retourner observer dans les Cévennes, loin de la pollution lumineuses des grandes villes. Malheureusement nous avons été moins chanceux qu'en 2024 avec la météo, car après la première journée passée en terres lozériennes le ciel a rapidement tourné à l'orage. Et cet épisode nuageux a duré une bonne partie de la semaine, nous empêchant d'admirer le beau ciel étoilé de notre coin de campagne cévenol.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_3660d0_cevennes-08-2025-coucher-de-soleil-2-l.jpg)
Les prévisions météo sont formelles, c'est la première nuit du séjour qui est la bonne, du coup, malgré la fatigue des quatre heures de route parcourues, j'essaye de trouver les ressources pour installer mon matériel astronomique. Ce soir c'est le Celestron CPC de 235 mm qui est de sortie, je l'installe dans un champ bénéficiant d'un horizon sud bien dégagé, critère capital car j'ai prévu un programme d'observation principalement centré sur les nébuleuses planétaires de la constellation du Sagittaire.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_2f6319_cevennes-20-08-2025-voie-lactee-sud-2.jpg)
Je commence les explorations visuelles par la discrète nébuleuse planétaire NGC 6537 (11,6m - 10") qui est également connue sous le surnom de "l'araignée rouge". Située à près de 4900 années-lumière, cette nébuleuse est fortement obscurcie par la matière interstellaire de notre Voie Lactée. Elle est malgré çà bien visible, même à faible grossissement, par contre elle demeure très petite et se distingue à peine des étoiles environnantes. Par chance, elle réagit très bien au filtre UHC, ce qui me permet de la discriminer rapidement. A 361x elle se présente comme une petite bulle diffuse légèrement ovalisée, dont la bordure semble renforcée. Après une observation prolongée en vision décalée, je devine un discret halo périphérique comportant quelques bribes d'extensions assez difficiles à mettre en évidence.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_638800_ngc6537-t235-md3.png)
NGC 6537 - Nébuleuse planétaire dans le Sagittaire
Télescope Celestron CPC de 235 mm à 361x (Morpheus 6,5 mm)
Puylaurent (48)
Pendant que je dessine NGC 6537, le Seestar S50 qui est également de sortie est pointé vers la belle nébuleuse M17 (6,0m - 20'x15') du Sagittaire, que l'on appelle aussi la nébuleuse du Cygne. Cette région HII de formation d'étoiles est localisée à 5500 années-lumière, elle s'étend sur près de 35 années-lumière et abrite de nombreuses étoiles jeunes et très chaudes de type O qui présentent des masses allant de 5 à 20 fois celle du Soleil. Se sont elles qui ionisent la nébuleuse et l'illuminent.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_dcc7ee_m017-18-08-2025c.png)
M17 - Nébuleuse diffuse dans le Sagittaire
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de x10s
Puylaurent (48)
Je continue les dessins avec la nébuleuse planétaire NGC 6578 (12,9m - 11"). Cet objet est assez méconnu, on en trouve peu de références en dehors d'une image réalisée par le télescope spatial Hubble. Située à 3700 années-lumière, cette bulle de gaz aurait commencé son expansion il y a près de 50 000 ans. A l'oculaire, NGC 6578 est très discrète car son diamètre apparent est très petit, puis elle est située à 23" d'arc d'une étoile lumineuse de 11,2m qui l'éclipse un peu. Pour mieux la distinguer il faut vraiment grossir, ce que je fais avec le Morpheus 6,5 mm, un oculaire qui me permet d'atteindre 361x. A ce grossissement, la bulle gazeuse est bien visible, elle me paraît légèrement ovalisée dans le sens SE/NO et son coeur semble renforcé. Cette NP possède un halo externe que je n'ai pas perçu, la partie que j'ai observé correspond à la bulle interne brillante et compacte, cette zone serait âgée de 7000 ans.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_35dbeb_ngc6578-t235-md3.png)
NGC 6578 - Nébuleuse planétaire dans le Sagittaire
Télescope Celestron CPC de 235 mm à 361x (Morpheus 6,5 mm)
Puylaurent (48)
Des brumes ou des cirrus commencent à monter par le sud, les régions basses du Sagittaire perdent en transparence. Je comptais photographier avec le Seestar quelques amas globulaires du secteur, du coup je me dépêche d'en faire au moins un avant que le ciel ne se dégrade trop. Allez hop, c'est parti pour une cession de stacking sur M70 (7,8m - 8'). Distant de 29 400 années-lumière, son noyau apparaît extrêmement dense et l'amas reste dans l'ensemble très compact, si bien qu'avec les 250 mm de focale du Seestar l'amas reste peu évident à résoudre. Plus de 75 000 étoiles ont été dénombrées dans sa structure de 68 années-lumière de diamètre.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_bdcabc_m70-18-08-2025.png)
M70 - Amas globulaire dans le Sagittaire
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de 59x10s
Puylaurent (48)
J'oriente maintenant le Seestar un peu plus haut vers un champ que j'aime beaucoup, situé dans la constellation de l’Écu. Dans cette zone convoitée, une nébuleuse planétaire - IC 1295 (12,7m - 1,5') - et un amas globulaire - NGC 6712 (8,1m - 9,8') - semblent se côtoyer. Pourtant ce voisinage n'est qu'apparent, l'amas globulaire se trouve loin derrière la nébuleuse planétaire, à 26 400 années-lumière. NGC 6712 contient près d'un million d'étoiles réparties sur une zone de 75 années-lumière de diamètre. IC 1295 est le vestige gazeux expulsé par une étoile de faible masse parvenue en fin de vie. Elle attire le regard avec sa magnifique couleur verte, signature de l'oxygène III qu'elle contient. L'oxygène est excité par les ultraviolets émis par la naine blanche qui trône au cœur du rémanent gazeux. IC 1295 est beaucoup plus proche de nous que l'amas NGC 6712, sa distance est estimée à 3500 années-lumière.
/image%2F0651773%2F20250827%2Fob_a69385_ic1295-ngc-6712-08-2025-b.png)
IC1295 et NGC 6712 - Nébuleuse planétaire et amas globulaire dans l'Ecu
ZWO Seestar 50/250 mm - live stacking de x10s
Puylaurent (48)
Il commence à être tard et je sens que la Lune n'est pas loin car le ciel s’éclaircit vers l'est. Je fais vite une dernière photo en direction du nord où "la casserole" de la Grande Ourse surmonte l'église du village de Puylaurent.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_da49c4_cevennes-20-08-2025-eglise-low.jpg)
J'effectue également un dernier dessin, je jette mon dévolu sur la brillante nébuleuse planétaire NGC 6818 (9,3m - 46") qui est bien plus connue que les deux NP précédentes. A 361x elle apparaît vraiment lumineuse, clairement plus grande que NGC 6537 et 6578, et surtout je note une teinte bleutée assez franche. Son disque gazeux se révèle légèrement étiré dans le sens N/S, il comporte deux renforcements lumineux sur ses bords E et O. Ces deux bords semblent reliés par de discrètes condensations dessinant une sorte de diagonale entre les deux. Je remarque également en vision décalée la présence d'un mince halo périphérique plus faible. C'est vraiment un très bel objet !
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_68ff63_ngc6818-t235-md3.png)
NGC 6818 - Nébuleuse planétaire dans le Sagittaire
Télescope Celestron CPC de 235 mm à 361x (Morpheus 6,5 mm)
Puylaurent (48)
La transparence du ciel semble diminuer, je le trouve plus laiteux. Je croix qu'il est temps de passer à l'imagerie planétaire, surtout que Saturne commence à bien gagner de la hauteur sur l'horizon sud-est. La planète géante gazeuse est visible de plus en plus tôt dans la nuit, mais le passage au méridien est encore tardif. Ce soir l'image est suffisamment stable pour tenter des images avec la caméra couleur, cela permet de mettre en évidence de légères teintes bleutées dans les zones tempérées des deux hémisphères. Notons également que le pôle sud est très foncé, de couleur bleu-vert.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_034491_20250818021414778-lapl6-ap12c3.png)
Saturne - Celestron CPC de 235 mm et caméra Altaïr GPCAM3 290C + barlow Kepler shorty 2x
L'atmosphère de Saturne est toujours plus détaillée en imagerie infrarouge. Avec le filtre Pro Planet 642 BP les bandes nuageuses sombres ressortent bien mieux et le pôle sud apparaît extrêmement foncé. Je rappelle que cette région sort de l'hiver, elle est très froide et demeure très transparente, sans voile d'altitude pour la recouvrir. Ici les rayons du Soleil pénètrent plus facilement l'atmosphère superficielle de Saturne et ses constituants peuvent diffuser les couleurs de courte longueur d’onde telles que le bleu, comme sur Terre.
/image%2F0651773%2F20250825%2Fob_6ba2cb_20250818020955524-lapl4-ap12c5.png)
Saturne - Celestron CPC de 235 mm et caméra Altaïr GPCAM3 290M + barlow Kepler shorty 2x + filtre IR pro planet 642 BP
Malheureusement la soirée d'observation s'arrête là. Les jours suivant vont être très nuageux, pluvieux ou venteux, ne laissant pas de place pour l'astronomie. Le télescope n'est plus ressorti. Loin de nous laisser dépérir, nous avons partager de bons moments autour de la table ou en balade dans cette très belle région.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_66a3de_cevennes-08-2025-tablee.jpg)
Voici quelques photos de ce coin de campagne, entre la Lozère, l'Ardèche et la Haute-Loire. A commencer par le barrage de Puylaurent, construit sur la rivière Chassezac.
/image%2F0651773%2F20250826%2Fob_36ade2_cevennes-08-2025-barrage-puylaurent-lo.jpg)
Le troupeau de vaches Aubrac qui étaient situées juste à côté de mon lieu d'observation. Je pouvais entendre le tintement des cloches pendant que je regardais dans le télescope.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_a9d47f_cevennes-08-2025-vaches-low.jpg)
Les ruelles du village médiéval de la garde Guérin, classé parmi les plus beaux villages de France. Cette citée fortifiée abritait au 12ème siècle les chevaliers pariés qui veillaient sur le chemin de Regordane et les gorges du Chassezac.
/image%2F0651773%2F20250826%2Fob_02319a_cevennes-08-2025-la-garde-guerin-low.jpg)
La jolie cascade du Donozau, près du lac de Naussac et de Langogne. La rivière est un affluent naturel du lac, mais en cette saison estivale très sèche son débit est au plus bas.
/image%2F0651773%2F20250822%2Fob_8b04fb_cevennes-08-2025-cascade-de-donozeau-l.jpg)
Un lapin tout mignon photographié sur le chemin du retour en direction du village de Puylaurent.
/image%2F0651773%2F20250823%2Fob_9a0401_cevennes-08-2025-lapin-low.jpg)
Une petite incursion en Ardèche au village de Jaujac dont le pont offre une vue imprenable sur la rivière Lignon.
/image%2F0651773%2F20250826%2Fob_f580a1_cevennes-08-2025-jaujac-low.jpg)
Une puissante coulée de lave issue du volcan strombolien de Jaujac s’est épanchée dans le lit de la rivière Lignon. Le cours d'eau a par la suite creusé un nouveau lit en révélant de remarquables orgues basaltiques.
/image%2F0651773%2F20250826%2Fob_9d1159_cevennes-08-2025-orgues-balsaltiques-1.jpg)
Les colonnades d'orgues basaltiques se constituent par rétraction de la lave en fin de refroidissement. Il y a alors une diminution de volume liée à la solidification totale de la coulée. Généralement, plus le refroidissement est lent et plus les prismes seront réguliers.
/image%2F0651773%2F20250823%2Fob_622097_cevennes-08-2025-orgues-balsaltiques-2.jpg)
Les gorges verdoyantes du Lignon.
/image%2F0651773%2F20250826%2Fob_404216_cevennes-08-2025-gorges-du-lignon-low.jpg)