Avant le départ nous consultons fébrilement la météo car cela fait quelques semaines que le temps est plus que maussade dans le sud. Les prévisions n'annoncent rien de bon mais l'envie de passer un bon moment ensemble et l'espoir de profiter d'une éclaircie imprévue nous poussent à prendre la route quand même.
En début de soirée, la nuit est tombée, et Denis et moi-même arpentons le long chemin de terre raviné qui mène au gîte dans une obscurité totale. Cette noirceur de bonne augure nous enchante mais en l'air il n'y a pas une étoile ...
A notre arrivée les amis ont déjà pris leurs quartiers et du spacieux salon s'échappe une délicieuse odeur, Benjamin est déjà au fourneau. Les retrouvailles imposent d'inaugurer l'apéro rituel des RAGBR avec une petite nouveauté cette fois-ci : un petit voyage papillaire vers l'Amérique du Sud et notre sainte terre chilienne, c'est parti pour une dégustation de PiscoSur !
Séquence nostalgie. Cela fait immanquablement remonter quelques souvenirs de voyages à ceux qui ont participé aux précédents périples chilien d'autant plus que le Pisco ouvert ce soir est celui que j'avais ramené lors du séjour de 2003. Nous rêvons de partager ensemble une nouvelle aventure et de faire découvrir le ciel austral fabuleux à nos nouveaux compagnons astronomiques.
L'évocation des beautés célestes australes nous rappelle qu'ici aussi il n'est pas impossible qu'une trouée providentielle nous permette d'observer un peu mais nous avons beau mandater un volontaire pour aller sonder le ciel, à son retour la moue décrépie de son visage en dit long sur l'état de la météo ...
Pas grave, l'apéro continu au vin chilien pour rester dans le thème.
Il est désormais temps de passer à table et de déguster la superbe bolognaise maison de fettuccines concoctées par notre chef Benjamin.
Il n'y a pas à dire, aux RAGBR quand les étoiles ne sont pas dans le ciel, c'est qu'elles sont dans l'assiette !
Frédérique nous a préparé un sublime et gigantesque crumble aux pommes couvert de myriades de petites pépites dorées visuellement dignes du crépitement stellaire d'Omega du Centaure, déformation astronomique oblige ...
L'astronomie, parlons-en ... quelqu'un donne l'alerte, une trouée est en vue ! Et elle s'agrandit, nous laissant voir une portion de Voie Lactée dans Cassiopée, le double amas de persée largement visible à l'oeil nu, la galaxie d'Andromède apparaît à son tour dans toute sa splendeur, son allongement est perceptible ainsi que son noyau. La trouée reste dans le secteur de M31, le ciel semble très noir sur ce site, du coup nous tentons de rechercher également la galaxie M33 à l'oeil nu. Après quelques secondes d'attention nous repérons effectivement une petite tache nébuleuse pâle et discrète dans le secteur du segment séparant les étoiles Alpha du Triangle (3,4m) et Mirach d'Andromède (2,2m). Après vérification je pense que ce n'est pas la galaxie que nous avons perçu mais plutôt un astérisme de quelques étoiles proches et qui se situe 2,5° à l'est de celle-ci. Mais peu importe, déjà les nuages reviennent, la trouée se referme peu à peu. Voilà, c'était les 5 minutes d'observation du week-end !
La galaxie M31 en haut et un astérisme pris pour M33 en bas tel qu'ils se présentaient à l'oeil nu.
La soirée d'achève malgré tout dans la bonne humeur, au son de la guitare de Denis.
Le jour ce lève, je découvre le gîte de jour. Quelle beauté, l'environnement est sauvage, l'air frais et vivifiant (surtout après s'être endormis avec les relents fouettant du camembert rustique oublié dans la chambre par Jean-Luc ;-), et la vue est à couper le souffle. Quelle est loin la pollution et l'agitation de marseille.
Le temps ce matin est encore couvert mais les nuages entrecoupant les différents plans montagneux donnent une profondeur incroyable au paysage.

Le découpage montagneux est vraiment splendide, une crête en face du gîte apparaît toute dentelée près du petit pic abrupte du rocher du Dromont (1285m d'altitude). Ce rocher est une curiosité du coin, on y a trouvé les vestiges d'un ancien oppidum, il a même été occupé au néolithique.

Sans parler des merveilleuses couleurs d'automne qui parent les forêts sur les flancs de la crète de Cluchette.
Toujours optimistes, nos astronomes se mettent en quête de trouver un coin plat avec une vue dégagée dans le but d'installer les télescopes au cas où les nuages décident de nous laisser un peu de répis la nuit prochaîne. Le pourtour de la piscine semble pas mal mais comme en cette basse saison elle est à moitié vide cela nous paraît un peu dangereux. Dans le noir complet on aura vite fait d'aller rejoindre le crapaud qui y a élu domicile.
Le terrain de jeux aménagé pour les enfants se présente comme un site bien plus intéressant car il est en hauteur et donc très dégagé. Reste plus qu'à ce que la météo s'améliore un peu, enfin nous verrons bien.
Après le repas du midi nous partons à la chasse aux fossiles sur les sentiers bordant le gîte car nous sommes en limite de la réserve naturelle géologique de Haute-Provence. Le ramassage des spécimens dégagés du sol y est toléré tant que cela reste dans des proportions résonnables. Les couches géologiques du coin des Rayes et du Pas de l'Echelle sont datées du mésozoïque, plus précisément du Jurassique supérieur Tithonien de 152 à 145 millions d'années et du Crétacé inférieur Berriasien de 145 à 140 millions d'années).
Nous arpentons et fouillons les ravines et parvenons à trouver quelques fossiles de mollusques. Je suis assez content de ma première trouvaille, un gros bivalve avec son empreinte moulée dans la roche.
Mais le fossile le plus courant demeure un coquillage allongé ressemblant beaucoup à une huître et qui appartient au genre Gryphaea vivant dans les mers du Jurassique et du Crétacé. Les spécimens collectés sont probablement des Gryphea Arcuata.
Ce grillon prend de la hauteur pour voir d'où vient cette agitation et doit se demander pourquoi ces humains s'amusent à retourner les cailloux :-)
Nos recherches nous font nous aussi prendre de l'altitude. Depuis les collines la vue est incroyable.
Denis devant le village de Saint-Geniez et la crète stratifiée du Gourras.
L'obscurité commence à tomber nous rentrons au gîte. Vincent consulte la météo et nous apprend qu'il n'y aura pas de pluie dans la nuit et qu'une bonne trouée est même envisageable vers 4h du matin, une fenêtre de ciel clair qui tomberait à pic pour enfin parvenir à observer les 4 comètes matinale du moment. Pris d'un espoir soudain, nous décidons de monter sur le terrain de jeux pour installer les télescopes.
Vais-je avoir l'occasion de tester ma nouvelle structure Canopus 15" ?
Vincent et son Dobson Orion Optics de 300 mm dans les lueurs du couchant
Le Soleil décline progressivement et part se coucher dans les parages de la Montagne de Lure visible au loin.
Durant le repas du soir où nous dégustons une garbure de légumes accompagnée de pièces de canard nous sondons l'aspect du ciel. Il n'y a rien à faire, il ne fait pas beau. Il se met même à faire quelques gouttes ! Foutue prévision météo qui nous avez annoncé une nuit sèche ... heureusement que nous avons baché les télescopes. Le gateau au chocolat de Frédéric suffit à rendre le sourire à tout le monde et les discussions repartent, on refait l'Univers de l'infiniment petit à l'infiniment grand. (A propos du bison de Higgs :-) voilà la BD : partie 1, partie 2). La passion des convives est telle qu'on attaquerait presque les dimensions parrallèles !
A 5h du matin nous sommes réveillés par de violentes bourrasques de vent et de pluie ! où est l'éclaircie du matin que l'on nous avait fait miroiter ... mystère. Le temps est tellement mauvais que nous sommes mêmes inquiets pour nos télescopes ! Les k-ways enfilés, nous allons voir si les baches tiennent le coup, celle de Florian commence à battre au vent, prête à s'envoler. Les ralales nous empêchent de la remettre correctement en place et nous sommes obligés de la sangler autour des télescopes pour la fixer durablement. On oublira donc nos comètes, aucun espoir d'observer quoi que se soit une fois de plus.
Au petit matin nous retournons prendre des nouvelles de nos instruments. Les baches ont tenu le coup. Les télescopes vont bien mais celui de Vincent s'en tire avec une malheureuse raflure ...
Mon Sumerian Optics Canopus de 381 mm et celui de 450 mm de Denis.
Il est déjà temps de faire les valises et de prendre le chemin du retour. La météo n'a pas du tout été de la partie mais peu importe, l'ambiance était au top. Le site à l'air plutôt bon en terme de noirceur, le gîte est de plus confortable et agréable, je pense donc que nous reviendrons !