Voilà le troisième et dernier compte rendu de notre voyage en Namibie. Nous sommes désormais pleinement entrés dans la période du séjour qui est consacrée aux observations astronomiques au Kiripotib Guest Farm dans le désert du Kalahari. Malgré les courtes nuits de sommeil nous ne résistons pas à faire quelques Safaris en journée pour découvrir les richesses de la faune de cette célèbre région d'Afrique australe.
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Mardi 11 juillet
Ce matin nous partons pour notre dernière grande excursion à la journée. Nous prenons la direction du lac artificiel de Hardap à deux heures de route de notre lodge. Ce lac est bordé d'une réserve où l'on peut réaliser un "game drive" en autonomie. Le lac de Hardap est alimenté par la Fish River. Avec un superficie de 25 km² il s'agit de la plus grande retenue d'eau de Namibie. La formation de ce lac a été rendue possible par la création d'un barrage de 862 mètres de long érigé en 1962.
Son eau opaque est chargée des boues ocres du Kalahari.
Depuis le parking du restaurant panoramique de Hardap nous découvrons de petits animaux qui se reposent sur les rochers ensoleillés, ils ressemblent beaucoup à nos marmottes des alpages. Il s'agit de damans des rochers (procavia damensis).
Le daman des rochers vit dans les savanes tropicales, les zones semi-désertiques et les massifs montagneux, dans les environnements rocheux et riches en herbes.
En longeant le bord de la route mon regard est attiré par une sorte d'aloé géant, il s'agit d'un arbre à carquois que l'on appelle aussi kokerboom. Cette espèce endémique du désert de Namibie est capable de retenir l'eau grace à son tronc fibreux, ces arbres sont donc bien adaptés au climat aride du Kalahari.
Après avoir bu un café au restaurant, nous nous mettons en quête de l'entrée de la réserve animalière de Hardap. Étrangement personne n'est capable de nous dire où elle se trouve et après pas mal de recherche nous découvrons qu'elle est localisée de l'autre côté du lac et qu'il faut ressortir du parc ... Sur le trajet j'immortalise un arbre rempli de nids de tisserins, des oiseaux proches des moineaux. Leurs nids en forme de boules sont tissés avec des herbes, des morceaux de feuilles, des branchettes, l'entrée est située vers le bas.
Nous finissons par trouver le bon embranchement, celui-ci nous conduit sur une piste qui serpente à travers un paysage de savanes montagneuses de toute beauté. Dans cette réserve nous pouvons effectuer le safari en autonomie avec notre van, à nous de bien ouvrir l'oeil pour trouver les animaux !
Les premiers temps nous n'observons pas grand chose, nous tombons sur un panneau qui nous indique "bird paradise". On se dit qu'au bord du lac la faune devrait être intéressante. En se rapprochant du littoral nous traversons des broussailles hautes quand d'un coup nous surprenons trois phacochères qui détalent à toute vitesse devant nous. Bien qu'impressionnants, ces animaux semblent peu téméraires ! En regardant la photo attentivement il semblerait qu'ils s'agissent d'une mère avec deux juvéniles.
Nous trouvons au sol pas mal d'empreintes qui prouvent que de nombreux animaux viennent ici pour s'abreuver. Par contre à cette heure de la journée l'endroit n'est pas très fréquenté, avec le zoom de l'appareil photo je distingue quelques autruches et quelques springbok dans le lointain, mais ces observations à grandes distances ne sont pas très intéressantes. Finalement le bord du lac est une immense plaine qui paraît parfaitement déserte à cette période chaude de la journée.
Ici règne une atmosphère de marécage hanté avec tout ces vieux troncs d'arbres morts aux branches griffues, on se croirait de retour dans Deadvlei !
Finalement nous décidons de reprendre la route et d'aller voir un peu plus loin si c'est mieux.
Alors que nous commençons à désespérer de pouvoir observer des animaux dans ce parc, je devine depuis le hublot de la voiture une grande silhouette verticale en forme de lettre "l" qui reste statique à côté d'un arbre. Je n'hésite pas longtemps avant de crier "giraaaafe à gauche !!". La voiture est stoppée derrière un grand talus histoire de nous faire discret et nous essayons de les approcher sans faire de bruit. Vincent a bondi tel un springbok à travers les buissons épineux et parviendra à les observer de très près. Un souvenir inoubliable !
Nous sommes en fait en présence de toute une famille de girafe, les autres étaient cachées dans la végétation dense de cette partie du parc, elles se fondaient parfaitement avec leur environnement et nous ne les avions pas remarqué.
En m'approchant tout doucement j'ai même la chance d'observer un petit girafon qui était lui aussi caché derrière les arbres. Mais ces animaux sauvages n'apprécient que très modérément notre présence et finissent par s'éloigner, du coup nous n'insistons pas et les laissons tranquille.
Nous remontons dans la voiture et quelques centaines de mètres plus loin j’aperçois un groupe d'oryx cachés dans les fourrés. Le safari semble bel et bien lancé, la faune commence à se montrer !
Le parc de Hardap est loin d'être le plus connu de Namibie et il semble assez peu fréquenté, nous avons l'impression d'être seuls au monde perdus au milieu de la nature ! Mis à part la gardienne du parc à l'entrée, nous ne croiserons personne durant toute la durée du safari. Quel bonheur d'avoir le parc pour nous seuls !
L'heure avance est nous devons entamer le chemin du retour. En roulant je remarque un énorme oiseau massif et trapu qui semble se reposer à l'ombre d'un arbre. Bien qu'impressionnant on voit bien qu'il ne s'agit pas d'une autruche. Après recherche je découvre que nous avons observer une outarde Kori (Ardeotis kori kori), l'oiseau le plus lourd à être capable de voler !
Avec le Soleil déclinant les animaux commencent à se montrer. Voici un chacal à chabraque qui court sur la colline d'en face. Bien qu'assez éloigné de nous je parviens à lui tirer le portrait.
Voilà maintenant une autruche. A l'aller sous le Soleil écrasant du début d'après-midi le parc semblait beaucoup moins vivant !
Les paysages de ce coin du parc sont vraiment magnifiques avec ces collines coiffées de promontoires de dolérites. Il s'agit de roches magmatiques denses, dures et vieilles de 180 millions d'années. Elles ont résisté à l'érosion malgré leur ancienneté. Le parc doit son nom à ces formations géologiques, "hardap" signifiant "mamelons".
Et les surprises ne sont pas terminées, alors que notre safari touche à sa fin que nous nous approchons de l'entrée du parc un varan traverse la route juste devant notre van ! Le gros reptile s’aplatit au sol et reste immobile, il semble faire le mort.
Nous descendons de voiture pour l'observer de plus près, il reste fixé au sol juste devant nous et se laisse photographier. Il s'agit à priori du varan des steppes d'Afrique orientale (varanus alibigularis). C'est le second varan le plus gros d'Afrique après le varan du Nil.
L'excursion à Hardap nous a fait rentré plus tard que prévu, l'arrivée à Kiripotib se fait de nuit. Après le repas nous nous reposons un peu, la journée à été longue. Vers 21h nous rejoignons le box du dobson pour commencer les observations.
Ce soir la Voie Lactée australe est encore une fois magnifique. La bande brillante de la Voie Lactée correspond au disque de notre propre galaxie que l'on observe par la tranche. La Voie Lactée est une grande galaxie spirale qui pourrait contenir près de 200 milliards d'étoiles. Vus depuis le système solaire les bras spiraux de notre galaxie se superposent les uns aux autres et de ce fait la structure de la Voie Lactée ressemble à un enchevêtrement complexe de régions brillantes et de nuages sombres. Toutes ces zones lumineuses et obscures sont sous le ciel noir de Namibie parfaitement visibles à l’œil nu et l'on pourrait passer des heures à les explorer sans instruments, simplement allongé dans un transat.
Je paramètre le Vespera en premier, histoire qu'il démarre sa mosaïque pendant que je dessine. Je l'oriente vers une jolie galaxie spirale située dans la constellation du Paon, NGC 6744 (8,3m - 20,1'x12,9'). Cette galaxie est située à 40 millions d'années-lumière, elle présente un grand disque galactique de plus de 170 000 années-lumière de diamètre. Il s'agit donc d'une spirale géante. Elle possède quelques petites galaxies satellites semblables aux Nuages de Magellan qui tournent autour de notre Voie Lactée.
NGC 6744 - Galaxie dans le Paon
Vaonis Vespera 50/200 mm - mode mosaic - live stacking de 335 images et 55:50 mn de pose
Kiripotib guest farm (Namibie)
Je commence les observations avec le Celestron 5 en pointant dans la constellation de l'Autel qui passe haut dans le ciel ici, on la trouve juste au sud de la queue du Scorpion. Ma première cible est la nébuleuse planétaire NGC 6326 (12,2m - 19"). Ce petit objet est très contrasté, je peux pousser le grossissement pour le détailler. A 312x avec le filtre UHC je découvre son disque nébuleux ovalisé dans le sens NE/SO, celui-ci présente une bordure externe plus lumineuse qui lui confère un aspect annulaire. En vision décalée je perçois différents signaux, un coup la bulle de gaz me paraît parfaitement annulaire, un coup mon attention est attirée par une petite condensation brillante présente près du bord S qui rend l’anneau irrégulier. Cet objet semble plus complexe qu'il n'y paraît mais avec un télescope de seulement 125 mm je ne peux pas aller au delà dans les détails.
NGC 6326 - Nébuleuse planétaire dans l'Autel
Télescope Celestron de 125 mm à 312x (Lacerta 4 mm + UHC)
Kiripotib guest farm (Namibie)
Je reste dans l'Autel pour rendre visite à la galaxie NGC 6300 (10,1m - 4,3'x2,8'). A 125x elle est bien visible, mais reste pâle dans l'ensemble. Elle montre un disque galactique clairement ovalisé dans le sens SE/NO et une barre centrale plus brillante. Je n'ai pas noté de condensation centrale au cœur de la barre mais à la place deux étoiles de 12,9m et 13,1m. En vision décalée je devine vaguement deux débuts de spire qui s'étirent aux extrémités de la barre, la spire O étant un peu plus évidente que l'autre.
NGC 6300 - Galaxie dans l'Autel
Télescope Celestron de 125 mm à 125x (Ethos 10 mm)
Kiripotib guest farm (Namibie)
Pendant ce temps le Vespera part dans le Scorpion pour imager la nébuleuse NGC 6334 (35'x20') qui est également connue sous le surnom de la "patte de chat". Afin de détailler le mieux possible je fixe le filtre dual band à l'avant de la lunette de 50 mm, ce filtre ne laisse passer que les longueur d'onde du H-alpha et de l'oxygène III. Cette nébuleuse est située à 3700 années-lumière, il s'agit d'une région de formation d'étoiles qui renferme dans ses volutes de gaz et de poussières de nombreuses étoiles jeunes, massives et très chaudes. En réalisant le cadrage de l'image j'ai réussi à faire rentrer la nébuleuse planétaire NGC 6302 (9,6m - 1,5') dans le champ, elle apparaît comme une petite nébuleuse bipolaire étirée et très brillante dans le coin en bas à droite.
NGC 6334 - Nébuleuse dans le Scorpion
Vaonis Vespera 50/200 mm - mode mosaic - live stacking de 419 images et 1:09:50 mn de pose - filtre dual band
Kiripotib guest farm (Namibie)
Je passe maintenant à la constellation de la Grue qui abrite la jolie nébuleuse planétaire IC 5148 (11,0m - 2,2'). Cet objet très intéressant se révèle déjà très bien à 57x avec le filtre UHC. A ce grossissement elle se révèle comme une belle bulle diffuse plutôt circulaire bordée au S par une étoile de 12,9m. Avec un peu d'attention je note un semblant de structure annulaire avec deux bords renforcés sur les côtés E et O.
IC 5148 - Nébuleuse planétaire dans la Grue
Télescope Celestron de 125 mm à 57x (Nagler 22 mm + UHC)
Kiripotib guest farm (Namibie)
Toujours dans la même constellation, voici le quartet de la Grue constitué par les galaxies NGC 7552 (10,6m - 3,4'x2,7'), NGC 7582 (10,5m - 5,0'x2,3'), NGC 7599 (11,5m - 4,4'x1,4') et NGC 7590 (11,3m - 2,6'x1,0') . Les trois galaxies NGC 7582, NGC 7590 et NGC 7599 sont assez proches, toutes les trois sont vues de côté elles offrent une vision assez esthétique. NGC 7552 fait un peu bande à part, il faut vraiment bénéficier d'un champ très large pour observer les quatre galaxies en même temps. NGC 7552 mérite d'être étudiée plus attentivement car elle montre de la structure. En effet je perçois une longue barre lumineuse au milieu de laquelle trône un petit noyau brillant. Mais surtout en vision décalée j'entrevois des départs de bras spiraux, celui qui s'étire vers le S est plus évident, il s'élance vers une étoile de 12,2m.
NGC 7552 - NGC 7582 - NGC 7590 - NGC 7599 - groupe de galaxies dans la Grue
Télescope Celestron de 125 mm à 57x (Nagler 22 mm)
Kiripotib guest farm (Namibie)
Il commence à se faire tard, j'ai un coup de barre. En essayant de reconnaître les constellations qui sont visibles vers l'est je me rend compte que le Sculpteur est levé. Cela me motive à pointer la grande et belle galaxie NGC 55 (7,8m - 31,2'x5,9'). Alors celle-là elle présente un diamètre apparent spectaculaire, elle occupe une bonne place dans l'oculaire, même à 57x. Elle ressemble à un long fuseau nébuleux étiré dans le sens ESE/ONO. Je remarque que son discret noyau apparaît clairement décentré vers le bord ONO ce qui lui confère un aspect un peu atypique. Je devine également la présence d'une condensation brillante près de son bord ESE, il s'agit vraisemblablement d'une grande association d'étoiles jeunes et chaudes (cataloguée sous la référence IC 1537). Deux petite condensations lumineuses sont aussi visibles, à l'est du noyau, elles sont presque stellaires, il s'agit de régions HII compactes.
NGC 55 - Galaxie dans le Sculpteur
Télescope Celestron de 125 mm à 57x (Nagler 22 mm)
Kiripotib guest farm (Namibie)
Durant les dessins, le Vespera est lui orienté vers la belle nébuleuse planétaire NGC 7293 (7,3m - 17,6'), celle que l'on appelle aussi "Helix". Cette nébuleuse planétaire est située à 650 années-lumière, il s'agit de l'une des plus proches de nous, ce qui explique son diamètre apparent important dans le ciel. Sa bulle de gaz montre une structure annulaire, elle s'étend sur près de 6 années-lumière.
NGC 7293 - Nébuleuse planétaire dans le Verseau
Vaonis Vespera 50/200 mm - mode mosaic - live stacking de 309 images et 51:30 mn de pose - filtre dual band
Kiripotib guest farm (Namibie)