• 50ème RAGBR : le ciel magique du col de Restefond

    Afin de profiter de cette nouvelle Lune d'août et par la même occasion de fêter nos 50ème rencontres, nous nous donnons rendez-vous sur un site mythique : le col de Restefond. Certains ont décidé d'y monter tout le week-end et d'enchaîner trois nuits d'observation. De mon côté je suis en vacances à Pra Loup, donc je choisis de les rejoindre pour la nuit du dimanche.

    La journée de dimanche est très ensoleillée, j'ai hâte de rejoindre mes amis. Vers 18h je quitte Pra Loup où je séjourne en famille pour partir en direction de Barcelonnette, puis Jausier, pour enfin attaquer la montée du col de Restefond. La route est magnifique, le Soleil déclinant baigne les reliefs d'une douce lumière tamisée.

    J'avale les kilomètres et gagne progressivement de l'altitude, mais il va falloir près de 25 minutes d'ascension pour atteindre le campement qui a été installé à 2500 m !

     

    Au détour d'un virage la côte est raide et je perçois en contrebas un amas de tentes et de télescopes, pas de doute je suis arrivé ! J'ai du mal a trouver l'entrée du petit chemin qui permet de descendre aux Prairies mais Yanis m'attend juste devant le bon embranchement, comme s'il m'avait guetté et attendu. Merci Yanis, il n'y a pas de doutes l'organisation de ces RAGBR est toujours au top.

    Me voilà parvenu a bon port, je retrouve avec bonheur mes amis, juste au bon moment car il est l'heure de l'apéro ! La mauresque est savourée dans un cadre magnifique, en pleine nature, entourée de majestueuses montagnes au falaises claires, parsemmées de petites congères. Autour de nous tout est serein, le calme est seulement perturbé par les éclats de rire de nos retrouvailles.

    La faune est discrète à cette altitude mais rien n'échappe à la vue perçante de nos astronomes : Voilà juste à côté de nous une marmotte qui sort la tête de son trou. Là bas une autre se dresse sur un rocher. Puis c'est un aigle qui vient survoler le campement. Ces rencontres sont tout à fait dépaysantes, çà change des sangliers !

                                                                                     primevères d'été

    J'installe mon Travel dobson Sumerian Optic de 254 mm à côté de l'Orion Skyquest de Florian dont le miroir possède le même diamètre que le mien.

    Alors que Vénus fait son apparition non loin d'un beau croissant de Lune on s'affaire autour des télescopes afin de soigner les collimations. Le Sumerian Optic Canopus de 450 mm de Denis donne un peu de fil à retordre et concentre toute l'attention de Vincent, notre spécialiste en alignement de miroir. 

    Petite dédicace à Michael Kalshoven de Sumerian Optics ! Un travel Dobson de 250 mm et un Canopus de 450 mm sous les étoiles à 2500 m d'altitude, merci pour ces deux beaux télescopes !

    Alors que les premières étoiles sont apparues et que la Lune part se coucher derrière les cimes, nous profitons une nouvelle fois du talent de cuisinier de Benjamin qui nous concocte une très bonne salade de geysiers accompagnée de fines lamelles de canard. Un régal !

    La tablée est joyeuse, nous nous réjouissons par avance du beau ciel noir qui nous attend. Nous terminons le repas avec un succulent melon et nous voilà prêt pour les observations.

    En rejoignant les instruments nous découvrons avec stupeur que les tubes, les tables et les atlas suintent ! Une humidité ruicelante s'est déposée un peu partout... Les miroirs des télescopes sont touchés, le mien est étrangement encore opérationnel alors que le tube épuré est ouvert de tout côté. Mystère ...

    A l'oeil nu le ciel est magnifique, la Voie Lactée est étincelante, de nombreux objets sont visibles avec nos simples yeux comme de petite taches brillantes. Benjamin, Denis et Florian s'en donnent a coeur joie de me faire un "deepsky quizz" en les pointant au lazer vert mais j'ai tenu bon, il ne m'ont pas coincé ;-) . Les nébuleuses obscures sont également légions, elles morcèlent et scindent le long ruban argenté de notre galaxie pour lui donner un aspect complexe. Le Sky Quality Meter confirme cet impression de très beau ciel et affiche une valeur de 21,67.

    Au télescope par contre c'est moins la joie, impossible de pointer quoi que se soit avec des instruments pleins de buée ... De mon côté le souci vient finalement de l'oculaire, ma respiration forme de la condensation à chaque fois que je 'approche de la lentille. Grosse galère ... Je vise malgré tout la nébuleuse M16, en attendant de trouver une solution contre l'humidité je commence par dessiner l'amas ouvert qu'elle contient. Le salut vient d'une légère brise d'air qui vient sécher mon oculaire. je visse alors le filtre UHC sur l'Explore Scientific de 18 mm et la nébuleuse apparaît. Elle déploit clairement deux grandes ailes qui lui ont valu le surnom de "l'aigle". Une troisième condensation brillante entoure l'amas, elle pourrait correspondre avec le cou et la tête de l'oiseau. La surprise vient en vision décalée, je devine en plein coeur de la nuée gazeuse une tache sombre un peu triangulaire, il s'agit de la région des "piliers de la création" rendue célèbre grace aux images du télescope spatial Hubble.

    M16 eagle nebula

    M16 - Amas et nébuleuse dans le Serpent
    Télescope Sumerian Optics de 254 mm à 70x (Explore Scientific 18 mm) + UHC
    Les Prairies, Restefond (05), SQM 21,67

    Comme la buée revient à la charge et attaque maintenant mon miroir secondaire j'appelle à la rescousse Benjamin et son sèche cheveu branché sur batterie. C'est une solution efficace mais malheureusement temporaire car le rideau humide ne tarde pas à se reformer. Comme mon télescope est hors service je pars faire un tour vers Vincent qui avec son tube hermetique échappe à la malédiction ruisselante. Il a pointé une minuscule et pâle nébuleuse planétaire, il s'agit de NGC 6439 (12,6m - 6,1"x5,1") de la constellation du Sagittaire. Dans son 300 mm à 345x l'objet est vraiment discret, il ne révèle pas grand chose de sa structure, juste un très petit disque nébuleux un peu plus brillant en son centre. Pour l'esthétique on a déjà vu mieux mais pour l'originalité j'adore, on est clairement en dehors des sentiers battus et çà fait du bien de faire de temps à autre de nouveaux objets.

    ngc 6439 planetary nebula

    NGC 6439 - Nébuleuse planétaire dans le Sagittaire           
    Télescope Orion Optic de 300 mm à 345x (Zoom Nagler réglé sur 4 mm)
    Les Prairies, Restefond (05) - SQM 21,67

    Denis m'appelle, je pars vers son 450 mm. Il a visé le magnifique amas globulaire M22 tout éclaté en une myriade de fines étoiles. Un must ! Ensuite nous passons à M16, histoire de comparer avec ce que j'ai perçu dans mon 254 mm. Le grand pilier sombre est perceptible, voilà une vision intéressante. Comme M17 n'est pas loin on y jette également un coup d'oeil ... renversant ! Quel objet sublime, brillant, complexe, ramifié, torturé ... que dire de plus ! M17 est certainement l'un des objets les plus faciles à détailler à nos latitudes boréales.

    Ces émotions visuelles provoquent l'envie d'une petite pause, David nous propose de trinquer au limoncelo. C'est le gausier en fête que je pars pointer la grande galaxie du Sagittaire NGC 6822. Dans le 450 mm celle-ci apparaît large et pâle, mais elle est tout de même bien visible. Comme nous sommes proche de la frontière avec le Capricorne je suggère à Denis de migrer vers l'amas globulaire M75 (8,5m - 6,8'). Il est bien tenté par l'objet car il ne l'a jamais vu et se lance à sa recherche.

    Pendant ce temps j'en profite pour scruter le ciel à l'oeil nu et c'est un vrai régal. La Voie Lactée me semble encore plus impressionnante qu'en début de soirée, ce que confirme le SQM : 21,77 ! Je devine même une légère teinte verte, comme au Chili. Que çà fait du bien de voir un très beau ciel, et pour une fois je n'ai pas besoin de traverser la planète pour le trouver ! Autre source d'émerveillement : les Perséides. Ce soir les étoiles filantes pleuvent, elles se succèdent à un rythme soutenu et nous en verrons plusieurs dizaines.

    Denis a pointé M75. Avec l'Ethos de 13 il est assez joli, son coeur apparaît compact et brillant tandis que sa périphérie dévoile un très discret poudroiement d'étoiles. Je ne résiste pas à faire un dessin.

    M75 globular cluster

                                                               M75 - Amas globulaire dans le Sagittaire           
                                      Télescope Sumerian Optics Canopus de 450 mm à 145x (Ethos de 13 mm)
                                                             Les Prairies, Restefond (05) - SQM 21,77

    Il est maintenant 2 heures du matin passé et la fatigue me rattrape. Je range mon Travel Dobson tout dégoulinant et salue mes amis avant de rejoindre ma voiture où je vais terminer la nuit. Pour moi l'aventure "restefond" n'aura duré qu'une nuit, mais qu'elle nuit ! Ce soir le ciel des Alpes m'a donné la sensation d'avoir retrouver mon cher ciel Andin, celui qui hante mes rêves et que j'affectionne tant. Merci Benjamin d'avoir proposé de fêter ces 50èmes RAGBR sur ce col mythique ! Voilà encore de beaux souvenirs que nous ne serons pas prêts d'oublier !

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  • Commentaires

    1
    JPP04
    Vendredi 11 Octobre 2013 à 23:02
    JPP04

    Bonsoir.

    Je vis à Volx, près de Manosque.

    Bravo pour les articles .Ce site me parait très bon, sans pollution lumineuse !!

     Je compte retourner à la Bonette l'été prochain...

    Quelle chance de travailler au Chili !!

    JP

    2
    Vendredi 11 Octobre 2013 à 23:23

    Bonsoir ! Le site de Restefond bénéficie très probablement de l'un des meilleurs ciel de France. Il n'est pas loin de la qualité du ciel chilien où j'ai pu observer lors de 3 séjours que j'ai effectué là bas. La différence avec le ciel du Chili réside dans le fait qu'en France avec l'humidité et la diffusion la qualité des nuits est inconstante, il faut attraper une bonne nuit !

     

    3
    Samedi 12 Octobre 2013 à 20:18

    Bonsoir ...

    Oui, d'ailleurs l'humdité est mon "ennemi" numéro un !!!

    J'aime partir à cause de cela dans les déserts... Sud Lybien en 2007, Sud marocain, Tunisien et pour les Géminides de décembre 2012 le Wadi-Rum en Jordanie : Extra ...

    JP

    4
    Dimanche 13 Octobre 2013 à 00:38

    Bonsoir ! Génial toutes ses escapades dans le désert ! çà a dû être un régal. C'est vrai que le ciel du désert est magique. En Afrique du Nord je n'ai fait que le sud Maroc et j'ai adoré.  Et puis même en dehors du ciel le désert c'est toute une ambiance lumineuse, des espaces infinis et un calme absolu, une vrai cure de bien-être pour le citadin forcé que je suis. le sud Libyen çà m'aurait bien plus , il me semble que c'est là bas qu'il y a une belle zone volcanique.

    5
    Dimanche 13 Octobre 2013 à 22:52

    Salut Laurent.

    Oui, du volcanisme et des dégradés de couleurs orange fantastiques...

    Juste pour écrire que 15 jours de Sud-Libyen ( le Tassili de Maghidet) ont été un moment très fort pour moi !!

    J'ai pu effectuer de nuit des poses de HUIT HEURES en argentique(mes dernières), des circumpolaires à l' époque...

    JP

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