• 52ème RAGBR : Séjour aux Rayes

    Pour ces 52ème rencontres toute l'équipe a décidé de changer d'air. L'idée c'est de profiter du week-end prolongé de la Toussaint pour tester un nouveau site au ciel plus noir que celui de Rians. Nous trouvons un gîte prometteur, les Rayes, situé dans l'arrière pays sisteronnais, où nous nous donnons rendez-vous.

    Avant le départ nous consultons fébrilement la météo car cela fait quelques semaines que le temps est plus que maussade dans le sud. Les prévisions n'annoncent rien de bon mais l'envie de passer un bon moment ensemble et l'espoir de profiter d'une éclaircie imprévue nous poussent à prendre la route quand même.

    En début de soirée, la nuit est tombée, et Denis et moi-même arpentons le long chemin de terre raviné qui mène au gîte dans une obscurité totale. Cette noirceur de bonne augure nous enchante mais en l'air il n'y a pas une étoile ...

    A notre arrivée les amis ont déjà pris leurs quartiers et du spacieux salon s'échappe une délicieuse odeur, Benjamin est déjà au fourneau. Les retrouvailles imposent d'inaugurer l'apéro rituel des RAGBR avec une petite nouveauté cette fois-ci : un petit voyage papillaire vers l'Amérique du Sud et notre sainte terre chilienne, c'est parti pour une dégustation de PiscoSur !

    Séquence nostalgie. Cela fait immanquablement remonter quelques souvenirs de voyages à ceux qui ont participé aux précédents périples chilien d'autant plus que le Pisco ouvert ce soir est celui que j'avais ramené lors du séjour de 2003. Nous rêvons de partager ensemble une nouvelle aventure et de faire découvrir le ciel austral fabuleux à nos nouveaux compagnons astronomiques.

    L'évocation des beautés célestes australes nous rappelle qu'ici aussi il n'est pas impossible qu'une trouée providentielle nous permette d'observer un peu mais nous avons beau mandater un volontaire pour aller sonder le ciel, à son retour la moue décrépie de son visage en dit long sur l'état de la météo ...

    Pas grave, l'apéro continu au vin chilien pour rester dans le thème.

    Il est désormais temps de passer à table et de déguster la superbe bolognaise maison de fettuccines concoctées par notre chef Benjamin.

    Il n'y a pas à dire, aux RAGBR quand les étoiles ne sont pas dans le ciel, c'est qu'elles sont dans l'assiette !

    Frédérique nous a préparé un sublime et gigantesque crumble aux pommes couvert  de myriades de petites pépites dorées  visuellement dignes du crépitement stellaire d'Omega du Centaure, déformation astronomique oblige ...

    L'astronomie, parlons-en ... quelqu'un donne l'alerte, une trouée est en vue ! Et elle s'agrandit, nous laissant voir une portion de Voie Lactée dans Cassiopée, le double amas de persée largement visible à l'oeil nu, la galaxie d'Andromède apparaît à son tour dans toute sa splendeur, son allongement est perceptible ainsi que son noyau. La trouée reste dans le secteur de M31, le ciel semble très noir sur ce site, du coup nous tentons de rechercher également la galaxie M33 à l'oeil nu. Après quelques secondes d'attention nous repérons effectivement une petite tache nébuleuse pâle et discrète dans le secteur du segment séparant les étoiles Alpha du Triangle (3,4m) et Mirach d'Andromède (2,2m). Après vérification je pense que ce n'est pas la galaxie que nous avons perçu mais plutôt un astérisme de quelques étoiles proches et qui se situe 2,5° à l'est de celle-ci. Mais peu importe, déjà les nuages reviennent, la trouée se referme peu à peu. Voilà, c'était les 5 minutes d'observation du week-end !

    La galaxie M31 en haut et un astérisme pris pour M33 en bas tel qu'ils se présentaient à l'oeil nu.

    La soirée d'achève malgré tout dans la bonne humeur, au son de la guitare de Denis.

    Le jour ce lève, je découvre le gîte de jour. Quelle beauté, l'environnement est sauvage, l'air frais et vivifiant (surtout après s'être endormis avec les relents fouettant du camembert rustique oublié dans la chambre par Jean-Luc ;-), et la vue est à couper le souffle. Quelle est loin la pollution et l'agitation de marseille.

     

    Le temps ce matin est encore couvert mais les nuages entrecoupant les différents plans montagneux donnent une profondeur incroyable au paysage.

    Le découpage montagneux est vraiment splendide, une crête en face du gîte apparaît toute dentelée près du petit pic abrupte du rocher du Dromont (1285m d'altitude). Ce rocher est une curiosité du coin, on y a trouvé les vestiges d'un ancien oppidum, il a même été occupé au néolithitique.

    Sans parler des merveilleuses couleurs d'automne qui parent les forêts sur les flancs de la crète de Cluchette.

    Toujours optimistes, nos astronomes se mettent en quête de trouver un coin plat avec une vue dégagée dans le but d'installer les télescopes au cas où les nuages décident de nous laisser un peu de répis la nuit prochaîne. Le pourtour de la piscine semble pas mal mais comme en cette basse saison elle est à moitié vide cela nous paraît un peu dangereux. Dans le noir complet on aura vite fait d'aller rejoindre le crapaud qui y a élu domicile.

    Le terrain de jeux aménagé pour les enfants se présente comme un site bien plus intéressant car il est en hauteur et donc très dégagé. Reste plus qu'à ce que la météo s'améliore un peu, enfin nous verrons bien.

    Après le repas du midi nous partons à la chasse aux fossiles sur les sentiers bordant le gîte car nous sommes en limite de la réserve naturelle géologique de Haute-Provence.  Le ramassage des spécimens dégagés du sol y est toléré tant que cela reste dans des proportions résonnables. Les couches géologiques du coin des Rayes et du Pas de l'Echelle sont datées du mésozoïque, plus précisément du Jurassique supérieur Tithonien de 152 à 145 millions d'années et du Crétacé inférieur Berriasien de 145 à 140 millions d'années).

    Nous arpentons et fouillons les ravines et parvenons à trouver quelques fossiles de mollusques. Je suis assez content de ma première trouvaille, un gros bivalve avec son empreinte moulée dans la roche.

    Mais le fossile le plus courant demeure un coquillage allongé ressemblant beaucoup à une huître et qui appartient au genre Gryphaea vivant dans les mers du Jurassique et du Crétacé. Les spécimens collectés sont probablement des Gryphea Arcuata.

    Ce grillon prend de la hauteur pour voir d'où vient cette agitation et doit se demander pourquoi ces humains s'amusent à retourner les cailloux :-)

    Nos recherches nous font nous aussi prendre de l'altitude. Depuis les collines la vue est incroyable.

    Denis devant le village de Saint-Geniez et la crète stratifiée du Gourras.

    L'obscurité commence à tomber nous rentrons au gîte. Vincent consulte la météo et nous apprend qu'il n'y aura pas de pluie dans la nuit et qu'une bonne trouée est même envisageable vers 4h du matin, une fenêtre de ciel clair qui tomberait à pic pour enfin parvenir à observer les 4 comètes matinale du moment. Pris d'un espoir soudain, nous décidons de monter sur le terrain de jeux pour installer les télescopes.

    Vais-je avoir l'occasion de tester ma nouvelle structure Canopus 15" ?

    Vincent et son Dobson Orion Optics de 300 mm dans les lueurs du couchant

    Le Soleil décline progressivement et part se coucher dans les parages de la Montagne de Lure visible au loin.  

    Durant le repas du soir où nous dégustons une garbure de légumes accompagnée de pièces de canard nous sondons l'aspect du ciel. Il n'y a rien à faire, il ne fait pas beau. Il se met même à faire quelques gouttes ! Foutue prévision météo qui nous avez annoncé une nuit sèche ... heureusement que nous avons baché les télescopes. Le gateau au chocolat de Frédéric suffit à rendre le sourire à tout le monde et les discussions repartent, on refait l'Univers de l'infiniment petit à l'infiniment grand. (A propos du bison de Higgs :-) voilà la BD : partie 1, partie 2). La passion des convives est telle qu'on attaquerait presque les dimensions parrallèles !

    A 5h du matin nous sommes réveillés par de violentes bourrasques de vent et de pluie ! où est l'éclaircie du matin que l'on nous avait fait miroiter ... mystère. Le temps est tellement mauvais que nous sommes mêmes inquiets pour nos télescopes ! Les k-ways enfilés, nous allons voir si les baches tiennent le coup, celle de Florian commence à battre au vent, prête à s'envoler. Les ralales nous empêchent de la remettre correctement en place et nous sommes obligés de la sangler autour des télescopes pour la fixer durablement. On oublira donc nos comètes, aucun espoir d'observer quoi que se soit une fois de plus.

    Au petit matin nous retournons prendre des nouvelles de nos instruments. Les baches ont tenu le coup. Les télescopes vont bien mais celui de Vincent s'en tire avec une malheureuse raflure ...

    Mon Sumerian Optics Canopus de 381 mm et celui de 450 mm de Denis.

    Il est déjà temps de faire les valises et de prendre le chemin du retour. La météo n'a pas du tout été de la partie mais peu importe, l'ambiance était au top. Le site à l'air plutôt bon en terme de noirceur, le gîte est de plus confortable et agréable, je pense donc que nous reviendrons !

      

      

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  • Commentaires

    1
    Lundi 4 Novembre 2013 à 15:39

    Coucou Laurent,

    Super, ton compte-rendu ! Je suis malgré tout déçu que ça ne soit pas M33 qui nous avions aperçu... C'est Jean-Luc qui va en faire ses choux gras, le coquin !

    À bientôt sur le terrain,

    Amitié,

    Benjamin

    2
    Lundi 4 Novembre 2013 à 17:15

    Salut Benjamin ! Oui moi aussi, je me faisais ue joie de l'avoir vu à l'oeil nu. En fait on a vu une condensation légèrement à gauche de la ligne alpha Tri et Mirach si je ne me trompe pas alors que M33 se trouve légèrement à droite de cette ligne. A l'emplacement où on a vu la petite tache il  y a une condensation d'étoiles de 6 à 7m qui forme un astérisme, je pense que c'est lui que l'on a vu. 

    3
    Lundi 4 Novembre 2013 à 22:08

    Coucou Laurent,

    À gauche ? À droite ? J'avoue que je ne me souviens pas, mais je fais une confiance absolue en ta mémoire et en ta connaissance du ciel.

    Tant pis, une prochaine fois.

    Mais, au fait, est-elle tout simplement visible à l'œil nu ? Dans un ciel français ?

    Benjamin

    4
    Denisv13
    Lundi 4 Novembre 2013 à 23:59

    Coucou,

    Très sympa tes photos Laurent et ton compte rendu de ce super wk..

    Pour ce qui est de M33, je ne suis pas parvenu à la voir avec vous vendredi soir, ni même l'astérisme puisque je n'ai pas suivi votre cheminement.. Par contre, elle était visible à Restefond cet été.

    5
    Mardi 5 Novembre 2013 à 01:11

    Merci Denis ! Oui M33 est visible dans tout site qui atteind ou dépasse un SQM de 21,50. Par prudence je vais dire que nous avons vu l'astérisme en attendant une prochaine sortie où l'on pourra affirmer ou infirmer ce que l'on a vu. M33 est de 5,7m alors que les étoiles de mon astérisme ne dépassent pas 6m ... Il aurait fallut que je dessine directement sur le site pour être sûr mais là j'ai fait mon dessin de mémoire en me souvenant qu'avec Benjamin on voyait la condensation brillante à gauche de la ligne alpha Tri - Mirach. Tient je vais me fabriquer un PQ scope (tube de papier toilette peint en noir à l'intérieur) comme celui qu'avait fait Jean-Raph à l'époque, c'est très efficace pour l'observation des objets à l'oeil nu.

    6
    etoilesdesecrins
    Mardi 5 Novembre 2013 à 21:40

    Salut Laurent !

     

    joli reportage même si la météo n'a pas été de la partie !

    Je reconnais les paysages de mes racines maternelles, au nord de Sisteron, parfois je fais des CROA sur WebAstro d'observations effectuées là-bas (je réside sinon dans les Monts du Lyonnais).

    Je peux te confirmer que c'est une bonne pioche, le ciel y est d'une qualité extraordinaire quand il fait beau (c'est-à-dire assez souvent quand même, enfin plus qu'à Lyon !). Moult nébuleuses planétaires et galaxies à la limite théorique de la 80ED ressortent bien, et même des étendues.

    En tous cas rien à voir avec un ciel de ville !

    C'est sûr que M31 claque à l'oeil nu là-bas, avec noyau visible, et M33 possible mais difficile je crois de mémoire la dernière fois là-bas. Dans le coin mais un peu plus au nord que ce que tu as représenté il y a l'amas ouvert NGC 752 qui est facile à l'oeil nu dans ces conditions.

    7
    Mardi 5 Novembre 2013 à 23:11

    Salut mon ami !

    Tu es originaire d'une bien belle région, j'ai adoré les paysage du coin. J'espère pouvoir profiter du ciel des Rayes lors d'un prochain séjour. Je lis toujours avec beaucoup d'attention tes CROA sur webastro, tu m'épates avec ta lunette de 80 mm ! Tu la pousse dans ces derniers retranchements, j'aime çà ;-)

    Amitiés

    8
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 21:49

    @ Laurent : Mais vous êtiez près de chez moi !!!

    J'ai effectué des photos de la voie Lactée cet été tout près d'ici (plus bas) ... Et je confirme que c'est un excellent site. Très peu de pollution lumineuse vers le Sud, le Top !

     Je pèse mes mots...

    J'espère qu'on se verra un jour... Je vis à VOLX (04)

    JP

    9
    Vendredi 29 Novembre 2013 à 21:59

    Salut Jean-Pierre !

    Ah oui çà serait chouette qu'on se croise un de ces jours sous les étoiles :-) Je pense qu'on retournera sur ce site, le gîte est vraiment bien et on aimerait bien pouvoir profiter de ce ciel dont on nous vente les qualités. En tout cas tout ce que j'entends à son sujet donne envie ! 

    amitiés

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